La Fontaine : épitaphe d’un paresseux

Épitaphe d'un paresseux

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Épitaphe d’un paresseux.


Jean s’en alla comme il était venu,
Mangea le fonds avec le revenu,
Tint les trésors chose peu nécessaire.
Quant à son temps, bien le sut dispenser :
Deux parts en fit, dont il soulait passer
L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

On connaît son épitaphe. C’est à coup sûr celle d’un homme heureux. Mais qui croirait que ce fût celle d’un poète ? Ce pourrait être celle de Desyveteaux. Il partage sa vie en deux parts ; dormir et ne rien faire. Ainsi ses ouvrages n’avaient été pour lui que des rêves agréables. O l’homme heureux que celui qui, en faisant de si belles choses , croyait passer sa vie à ne rien faire ! La Harpe.

1. Publiée d’abord sous ce titre par La Fontaine lui-même, dans les Fables nouvelles et autres poésies, 1671, p. 99. Mais cette pièce, ainsi que toutes celles de ce recueil, excepté les huit fables qui s’y trouvent, étaient composées depuis longtemps. Chardon de La Rochette nous apprend, dans une note sur l’ouvrage de Matthieu Marais (p. 24 de l’édition in-12, et p. 32 de l’édition in-16), qu’à la suite d’une copie de l’épître adressée à Pellisson (Je vous l’avoue et c’est la vérité) se trouvaient ces mots tracés de la propre main de Pellisson, qui les écrivit pour Fouquet en lui transmettant cette épître: « Je ne fais pas difficulté d’ajouter à cette lettre, que M. de La Fontaine m’a envoyée, un tableau qu’il fit de la vie d’un de ses proches, au lieu d’épitaphe, Je jour de sa mort, et une épigramme de six vers que j’ai trouvée assez belle, et parfaitement bien appliquée au sujet, qui convient à un paresseux. » Nous n’avons plus l’épitaphe dans laquelle La Fontaine traçait un tableau de la vie d’un de ses proches ; mais celle qui convient à. un paresseux, que Pellisson envoyait alors à Fouquet, et qui, d’après sa note, a dû être composée au plus tard en 1659, a été bien des fois réimprimée. On la retrouve, formant un carton qui couvre le titre d’une autre pièce, dans Je Recueil de vers choisis du P. Bouhours, avec cet intitulé: Épi-taphe de M. de La Fontaine, faite par lui-même, 1093, p. 288, ou p. 242 du même recueil, édit. de Hollande. On la retrouve, avec le môme intitulé, dans l’édition contrefaite des Fables de 1693, petit in-12, p. 144 ; et dans les OEuvres posthumes, 1696, p. 276. Elle a été insérée dans les OEuvres diverses de 1729, 1.1, p. 164.
M. Louis Paris conjecture que la composition do cette pièce remonte jusqu’en 1656. Maucroix, OEuvres diverses, p. CXVII.

1. Var. Dans la copie de Pellisson, qui est imprimée dans les notes de Matthieu Marais, p. 24, on lit :

Mangea le fonds après le revenu.
Tînt le travail chose peu nécessaire.

Dans le recueil de Vers choisis du P, Bouhours, p. 288. et dans l’édition des Contes, Amsterdam, 1696, t. II, p. 241, on lit:

Mangeant son fonds après son revenu,
Croyant le bien chose peu nécessaire.

Dans le Recueil des plus belles épigrammes, 1698, t. I, p. 241 :

Mangea le fonds, mangea le revenu,
Jugea trésors chose peu nécessaire.

(Œuvres complètes de La Fontaine, par M. Louis Moland, Garnier frères (Paris) 1872-1876)

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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