Fable : Le Mal marié, analysée

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Fable : Le Mal marié, analysée


Fable II. Le Mal marié.
– Fabulœ variorum auctorum
– Neveleti, Francof. 1660 : Esopi, fab. 93
– Fabulœ Aesopicœ, edit. Furia, Lipsiae, 1810, fab. 246.

Bandello (Novella 41) modifie l’anecdote comme il suit :
le-mal-marie-jjgrandville« Pendant que le roi Frédéric d’Aragon régnait à Naples, il y avait dans cette ville un gentilhomme marié à une femme nommée Paola, assez jolie, mais si bizarre, désagréable et contrariante, que tout le long du jour elle ne faisait que quereller ceux qui lui tombaient sous la main : quand elle n’avait personne à quereller, elle grondait contre elle-même et était constamment en colère. Si quelqu’un avait le malheur de lui répliquer, elle entrait dans une telle fureur que, pendant deux ou trois jours, elle ne faisait que crier. Son mari, homme instruit et aimable, eut d’abord beaucoup de mal à s’accorder avec elle ; mais, voyant que tout ce qu’il pouvait faire ou dire était inutile, il fut obligé de la laisser tempêter, sans jamais lui répondre. Grâce à cette patience, il vécut avec elle trente années. Il invita un jour un ami à dîner. Étant à table, la femme, qui était vis-à-vis de l’ami, voyant un certain plat qui n’avait pas été préparé à sa guise, se mit en colère et commença à s’emporter contre tel domestique et contre telle servante ; et plus elle criait, plus sa voix s’élevait et sa véhémence augmentait, si bien que l’ami invité, ne pouvant supporter cet ennui, voulut se lever de table et se retirer. Le mari, s’apercevant de son intention, lui dit : « Eh quoi ! cher camarade, tu as donc bien peu de patience ! Voilà trente ans que j’ai à souffrir l’humeur acariâtre, les clameurs, les fâcheries de cette personne, et que j’ai à les souffrir jour et nuit ; et toi, tu ne peux pas les endurer une demi-heure ! » L’ami se rassit à ces paroles. La dame, reprise d’une manière si piquante, entendit la leçon, se corrigea et devint ensuite raisonnable, paisible et gracieuse. »

II me semble que cette version du conteur italien vaut bien celle adoptée par La Fontaine.

On s’est demandé si La Fontaine, écrivant les vers par lesquels débute son apologue, oubliait qu’il était marié et que, par conséquent, il n’avait plus à chercher femme. Cet oubli n’aurait pas été impossible de sa part, sans doute ; mais il faut dire aussi que l’auteur peut, s’il le veut, s’abstraire et s’isoler de l’homme privé : il s’adresse à des lecteurs qui sont censés ignorer s’il est époux, s’il est père, etc., et ne connaître que le poète. Il lui est donc permis de se supposer vis-à-vis d’eux dans une autre condition que sa condition véritable, sans qu’on doive en conclure absolument qu’il ne se souvenait plus de celle-ci.

Jean de La Fontaine par Louis Moland – travail de critique et d’érudition – Garnier frères, 1872

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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