Épître au Roi pour Lully

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Dédicace de l’Opéra d’Amadis pour Lully au Roi


1684

Du premier Amadis je vous offre l’image ;
Il fut doux, gracieux, vaillant, de haut corsage.
J’y trouverais votre air, à tout considérer,
Si quelque chose à vous se pouvait comparer.
La Victoire pour lui sut étendre ses ailes,
Mars le fit triompher de tous ses concurrents ;
Passa-t-il à l’amour ? il eut le cœur des belles
Vous vous reconnaissez à ces traits différents.
Nul n’a porté si haut cette double conquête :
Les deux moitiés du monde ont su vous couronner ;
Et les myrtes qu’Amour vous a fait moissonner
Sont tels que Jupiter en aurait ceint sa tête.
En vous tout est enchantement.
Plus d’un illustre événement
Rendra chez nos neveux votre histoire incroyable ;
Vos beaux faits ont partout tellement éclaté
Que vous nous réduisez à chercher dans la Fable
L’exemple de la vérité.
Voilà, Sire, sur vous quelles sont mes pensées.
Pour vous plaire Uranie en vers les a tracées.
Quant à moi, dont les chants vous attiraient jadis,
Je dois à votre choix ce sujet d’Amadis ;
Je vous dois son succès, car j’aurais peine à dire
Entre vous et Phébus lequel des deux m’inspire.
Je ne puis, pour m’en ressentir,
Qu’employer à vous divertir
Mes soins, mon art, et mon génie,
Et tous les moments de ma vie.
Veuillent dans ce projet m’assister les neuf-Sœurs !
Je le trouve assez beau pour donner de l’envie
Aux chantres dont l’Olympe admire les douceurs.

 

– C’était le roi lui-même qui avait donné le sujet d’Amadis à Quinault. (Voyez Œuvres de Quinault, édit. 1715, in-12, t. I, p. 540 . Il donna lieu à un combat poétique suscité par madame Deshoulières. Voyez ci-après dans les ballades, et dans l’Histoire de ta vie et des ouvrages de J. de La Fontaine, troisième édition, 1821, in-80, p. 351.

Walckenaer

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