Épître à Monseigneur le Prince de Conti

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A Monseigneur le Prince de Conti


Servant de dédicace au recueil de poésies chrétiennes et diverses.

1671

Prince chéri du Ciel, qui fais voir à la France
Les fruits de l’âge mûr joints aux fleurs de l’enfance,
Conti, dont le mérite avant-courrier des ans
A des astres bénins épuisé les présents,
A l’abri de ton nom les mânes des Malherbes
Paraîtront désormais plus grands et plus superbes ;
Les Racans, les Godeaux, auront d’autres attraits,
La scène semblera briller de nouveaux traits.
Par ton nom tu rendras ces ouvrages durables
Après mille soleils ils seront agréables.
Si le pieux y règne, on n’en a point banni
Du profane innocent le mélange infini *.
Pour moi, je n’ai de part en ces dons du Parnasse
Qu’à la faveur de ceux que je suis à la trace
Ésope me soutient par ses inventions **,
J’orne de traits légers ses riches fictions.
Ma Muse cède en tout aux Muses favorites
Que l’Olympe doua de différents mérites.
Cependant à leurs vers je sers d’introducteur
Cette témérité n’est pas sans quelque peur.
De ce nouveau recueil je t’offre l’abondance,
Non point par vanité, mais par obéissance :
Ceux qui par leur travail l’ont mis en cet état
Te le pouvaient offrir en termes pleins d’éclat ;
Mais, craignant de sortir de cette paix profonde
Qu’ils goûtent en secret loin du bruit et du monde,
Ils m’engagent pour eux à le produire au jour,
Et me laissent le soin de t’en faire leur cour.
Leur main l’eût enrichi d’un plus beau frontispice
La mienne leur a plu, simple et sans artifice.
Conti, de mon respect sois du moins satisfait,
Et regarde le don, non celui qui le fait.

 

– Cette épître, insérée dans les Œuvres diverses, sert de dédicace au Recueil de poésies chrétiennes et diverses, qui parut en trois volumes in-12, en 1671, sous le nom de La Fontaine, mais qui avait été compilé par Henri-Louis de Loménie. comte de Brienne, pour l’éducation du prince de Conti.
– Armand de; Bourbon-Conti. mort en 1683.
* Le pieux, ou les Pensées chrétiennes, sont renfermées dans le premier volume du recueil. Le profane innocent, ou les Poésies diverses, composent les deux derniers. Il y a des pièces d’un grand nombre d’auteurs.
* * La Fontaine fait ici allusion à seize de ses fables qui se trouvent insérées dans ce recueil, t. III , p. 354 à 368.

Charles Athanase Walckenaer

Chez La Fontaine, la bonté du cœur n'excluait pas la malice de l'esprit; mais ce n'était pas contre les individus que s'exerçait cette malice; il s'attaquait à l'inépuisable fonds de la nature humaine, et c'est elle qui fournit ample matière aux types immortels qu'il a mis en scène.Alexandre Rodolphe Vinet

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