Les écrits sur La Fontaine par A. Morel

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Les écrits sur La Fontaine


La Fontaine. Fables, livres v et vi. — « Je suis persuadé que le bon La Fontaine serait extrêmement étonné s’il pouvait voir les gros volumes dont il est la matière et le sujet. Il aurait quelque peine à concevoir que l’histoire de cet homme, qui passait une partie de sa vie à dormir et l’autre à ne rien faire, occupât tant d’espace, et que sa vie, dont il nous a donné lui-même un si plaisant abrégé, offrit tant de matériaux. Mais il y a un tel charme dans tout ce qui regarde la personne de La Fontaine et ses ouvrages, tant d’intérêt s’attache au siècle où il a vécu et dont il a été une des principales gloires, son

Portrait de La Fontaine au Louvre
Portrait de La Fontaine au Louvre

nom est lié avec tant d’illustres noms, son caractère offre tant d’originalité, sa vie a été semée de tant de particularités charmantes, que les petits détails dont il est l’objet, plaisent, amusent et intéressent (M. de Féletz, Mélanges, t. III, p. 361). » La plus circonstanciée des biographies de La Fontaine est celle dont Walckenaer a donné la première édition en 1820 : historien aussi exact en cette rencontre qu’il l’a été plus tard pour Horace, et tout récemment encore pour madame de Sévigné « M. Walckenaer découvre toutes les allusions les plus cachées, connaît, à force de recherches, et nous dévoile les noms et les personnages les plus Ignorés, nous fait mieux connaître ou nous présente sous d’autres rapports ceux que nous connaissions déjà, fait entrer plusieurs histoires dans une seule histoire, multiplie les anecdotes et les portraits, et varie ainsi ses ressources pour attacher et captive ses lecteurs (de Féletz, ib, 363).» Nous n’essaierons pas d’énumérer tous les livres bons et mauvais où la vie de La Fontaine est racontée : nous n’en citerons qu’un seul plus récent et plus court que celui de M. Walckenaer, celui de M. Geruzez, qui a publié en 1864, une notice réimprimée dans les Nouveaux essais. Pour ce qui regarde l’appréciation du mérite même et du style de La Fontaine, on pourrait encore dresser une liste énorme décrits ; nous nous contenterons de quelques noms.
L’académie de Marseille avait mis au concours pour l’année 1774 l’éloge de La Fontaine. Trois mémoires diversement remarquables furent distingués par l’académie : elle décerna le prix à celui de Chamfort et des accessits à La Harpe et à Gaillard. Ces trois ouvrages sont devenus publics. Le premier a été plusieurs fois imprimé, le second a été fondu dans le Cours de Littérature, et le troisième se trouve en tête des Eudes sur la Fontaine (Paris, 1812) dont l’auteur est M. Solvet ». Ce dernier ouvrage mérite d’être recommandé particulièrement, à cause des notes fort amples et des rapprochements littéraires qu’il contient sur chaque fable. Une édition fort recherchée des bibliophiles est due à M. Robert, qui a résumé d’une manière complète toutes les questions intéressantes auxquelles la Fontaine, ses œuvres, ses devanciers, et la poétique de l’apologue, ont donné lieu. II va sans dire que la publication de M. Robert remontant à une vingtaine d’années n’a pu faire acception de Babrius. C’est une lacune que comblera sans doute (dans la dissertation qu’il a annoncée) M. de Puibusque, auteur d’un mémoire bien intéressant et que l’Académie a couronné, sur les Rapports de la littérature de l’Espagne avec celle de ta France au X VII siècle. On y peut lire des détails instructifs sur quelques-uns des prédécesseurs de La Fontaine. Des recherches sur l’apologue et sur les auteurs qui l’ont cultivé avant le bonhomme ont fait la matière d’un travail spécial de M. Robert. Dans les mémoires sur la vie de Duclos écrits par lui-même se rencontrent des remarques sur i : Fontaine considéré comme l’auteur le plus original de notre langue ; dans les œuvres de Vauvenargues se trouve aussi une page judicieuse sur La Fontaine, Voltaire, dans les Questions sur l’Encyclopédie, a touché quelque chose des mérites et des défauts du fabuliste (au mot Fable), mais le jugement qu’il porte en cet endroit est d’une brièveté peu bienveillante. Les articles du chevalier de Jaucourt et de Marmontel dans la première Encyclopédie et dans la réimpression (I784 ln-4) méritent d’être lus. Comme curiosités, nous indiquerons deux morceaux signés de noms célèbres dans l’histoire littéraire de notre siècle : l’un est une lettre de M. Boissonnade (insérée dans le Mercure de France, 30 messidor an V), contenant diverses remarques littéraires surquelques passages des Fables ; l’autre, de Mlle Pauline de Meulan sur le caractère du style de La Fontaine et l’inutilité des efforts de ceux qui visent à l’imiter, a paru dans le Publisciste (20 décembre 1807). M. Dubois-Fontanelle, dans son Cours de Littérature, Florian, dans la préface de son recueil, Batteux, dans ses Principes de littérature, Lamotte, dans Ja préface fort spirituelle de ses fables, bien d’autres écrivains encore, parmi lesquels M. l’abbé Guillon (qui a publié une édition en 2 vol. in-12 avec un commentaire (1803), pourront être consultés avec fruit. Nous rappellerons encore ici d’une manière toute spéciale, et malgré son injustice envers La Fontaine, l’écrivain qui a le mieux approfondi la poétique de l’apologue : c’est Leasing, dans les dissertations dont il a lait précéder ses fables ; les unes et les autres ont été traduites par d’AntheImy. Probablement Leasing s’est trompé sur quelques points d’appréciation littéraire et de théorie, et au total ses fables paraissent froides à des Français : elles auraient besoin pour nous plaire de quelques allures plus piquantes ; cela soit dit au risque de paraître défendre ces pompons poétiques que Leasing a tant reprochés à La Fontaine. Mais les discussions de Lessing contre Lamotte et contre Batteux sont de véritables modèles et l’on ne combat pas mieux. Nous répéterons aussi que M. Fleutelot a fait précéder sa traduction de Phèdre (dans la collection Nisard) d’un excellent opuscule sur l’apologue. Avant de terminer, il convient de rappeler les considérations de M. de Bonald (t. IX et XI des Œuvres complètes) sur ce genre de composition, ainsi que la diatribe de Rousseau contre La Fontaine (Emile, liv. III). Il existe plusieurs traductions en vers latins des fables choisies de La Fontaine : la plus estimée est celle du P. Giraud (Paris, Delalain. 1824). Ce peut être une bonne préparation aux épreuves écrites que de traduire La Fontaine en vers latins après s’être inspiré de Phèdre, de Desbillons, et de contrôler ensuite le travail qu’on aura fait ainsi par celui des humanistes habiles qui se sont exercés a faire passer en latin les grâces de notre fabuliste.
Avant de clore la série d’auteurs que, pour notre part, nous devions parcourir, nous réparerons une omission du précédent article, eu rétablissant au nombre des interprètes de Salluste le président de Brosses ; sa traduction est fondue dans I ‘Histoire du septième siècle de la république romaine (Paris, 1777), ouvrage qui fait trop d’honneur à l’érudition française, pour qu’on puisse se dispenser de le citer quand II est question de la guerre de Numidie.

A. MOREL.

Note : Il faut joindre un homme de lettres bien connu par son zèle philosophique, Naigeon. Son opuscule sur La Fontaine, quoique traite moins favorablement que les autres morceaux envoyés aux juges de Marseille, a été réimprime nombre de fois.

Gazette de l’instruction publique : revue de l’enseignement secondaire et primaire, 1846

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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