Conte: L’anneau d’Hans Carvel

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Contes

Jean de La Fontaine – Conte : L’anneau d’Hans Carvel

Conte tiré de Rabelais

Hans Carvel prit sur ses vieux ans
Femme jeune en toute manière:
Il prit aussi soucis cuisants;
Car l’un sans l’autre ne va guère.
Babeau (c’est la jeune femelle,
Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle,
Et propre à l’amoureux combat.
Carvel, craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature
Et la Légende, et l’Ecriture,
Et tous les livres les meilleurs:
Blâmait les visites secrètes,
Frondait l’attirail des coquettes;
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galande
Ne s’arrêtait aucunement;
Et de sermons n’était friande
A moins qu’ils fussent d’un amant.
Cela faisait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu’y dire;
Eût voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort:
L’histoire en est très véritable.
Une nuit, qu’ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Babeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau;
Qu’il lui disait: Je sais la peine
Qui te tourmente et qui te gêne;
Carvel, j’ai pitié de ton cas:
Tiens cette bague, et ne la lâches.
Car, tandis qu’au doigt tu l’auras,
Ce que tu crains point ne seras,
Point ne seras sans que le saches.
– Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel; la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci, Monsieur l’aumônier.
La-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggravés,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt où vous savez.

Notes de Louis Moland :

L’anneau d’Hans Carvel

– Dans Nicot, dans les premières éditions de Richelet, et enfin dans la première édition du dictionnaire de l’Académie, on ne trouve que galant avec un t , et galante pour le féminin. Cependant autrefois on récrivait indifféremment avec un d ou un t , Vaugelas, dans ses Remarques sur la langue française, 1687 in-12, t. Il, page 812, établit une différence, et veut qu’on écrive toujours galant avec un t quand il est adjectif, et qu’on ne se permette le d à la place du t que quand ce mot est substantif. Ce mot avait autrefois, comme adjectif, une signification un peu différente de celle qu’il a de nos jours : ainsi l’on disait un homme galant ou une femme galante, pour un homme ou une femme qui avait de la grâce ou de la gaieté, du bon ton, ou des manières distinguées.
Cependant, selon Vaugelas, p. 221 et le Génie de la langue française, par le sieur D. (d’Aisy), 1685, in-12, t. II, p. 209, un galand ou une galande ou galante signifiait un homme ou une femme qui avait une amante ou un amant. Dès lors, selon l’auteur du Génie de la langue française, il se prenait d’ordinaire en mauvaise part : mais il était moins injurieux que coquette mot aujourd’hui beaucoup plus doux.

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