Conte: Imitation d’un livre intitulé les arrêts d’amour

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icon-angle-double-right Contes de La Fontaine

Les gens tenant le Parlement d’Amours
Informaient pendant les Grands Jours,
D’aucun abus commis en l’Ile de Cythère.
Par devant eux se plaint un amant mal-traité,
Disant que de longtemps il s’efforce de plaire
A certaine ingrate beauté.
Qu’il a donné des sérénades,
Des concerts et des promenades:
Item mainte collation,
Maint bal et mainte comédie:
A consacré le plus beau de sa vie
A l’objet de sa passion:
S’est tourmenté le corps et l’âme,
Sans pouvoir obliger la Dame
A payer seulement d’un souris son amour.
Partant conclut que cette belle
Soit condamnée à l’aimer à son tour.
Fut allégué d’autre part à la Cour
Que plus la Dame était cruelle,
Plus elle avait d’embonpoint et d’attraits;
Que perdant ses appas Amour perdait ses traits:
Qu’il avait intérêt au repos de son âme:
Que quand on a le coeur en flâme
Le teint n’en est jamais si frais.
Qu’il était à propos pour la grandeur du Prince,
Qu’elle traitât ainsi toute cette Province,
Fît mille soupirants sans faire un bien-heureux,
Dormît à son plaisir, conservât tous ses charmes,
Augmentât les tributs de l’empire amoureux,
Qui sont les soupirs et les larmes.
Que souffrir tels procès était un grand abus:
Et que le cas méritait une amende:
Concluant pour le surplus
Au renvoi de la demande.
Le Procureur d’Amours intervint là-dessus,
Et conclut aussi pour la belle.
La Cour, leurs moyens entendus,
La renvoya: permis d’être cruelle;
Avec dépens; et tout ce qui s’ensuit.
Cet arrêt fit peu de bruit
Parmi les gens de la Province.
La raison de douter était tous les cadeaux,
Bijoux donnés, et des plus beaux:
Qui prend se vend: mais l’intérêt du Prince
Souvent plus fort qu’aucunes lois
L’emporta de quatre ou cinq voix.

“Conte: Imitation d’un livre intitulé les arrêts d’amour”

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« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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