Conte de la Fontaine : Le savetier

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Contes

Jean de La Fontaine –  Conte : Le Savetier

Conte d’une chose arrivée à Château-Thierry

Un savetier, que nous nommerons Blaise,
Prit belle femme; et fut très avisé.
Les bonnes gens qui n’étaient à leur aise,
S’en vont prier un marchand peu rusé,
Qu’il leur prêtât dessous bonne promesse
Mi-muid de grain; ce que le marchand fait.
Le terme échu, ce créancier les presse.
Dieu sait pourquoi: le galant, en effet,
Crut que par là baiserait la commère.
Vous avez trop de quoi me satisfaire,
Ce lui dit-il, et sans débourser rien:
Accordez-moi ce que vous savez bien.
– Je songerai, répond-elle, à la chose.
Puis vient trouver Blaise tout aussitôt,
L’avertissant de ce qu’on lui propose.
Blaise lui dit: Par bieu, femme, il nous faut
Sans coup férir rattraper notre somme.
Tout de ce pas allez dire à cet homme
Qu’il peut venir, et que je n’y suis point.
Je veux ici me cacher tout à point.
Avant le coup demandez la cédule.
De la donner je ne crois qu’il recule.
Puis tousserez, afin de m’avertir;
Mais haut et clair, et plutôt deux fois qu’une.
Lors de mon coin vous me verrez sortir
Incontinent, de crainte de fortune.
Ainsi fut dit, ainsi s’exécuta.
Dont le mari puis après se vanta;
Si que chacun glosait sur ce mystère.
Mieux eût valu tousser après l’affaire,
Dit à la belle un des plus gros bourgeois;
Vous eussiez eu votre compte tous trois.
N’y manquez plus, sauf après de se taire.
Mais qu’en est-il? or çà, belle, entre nous.
Elle répond: Ah monsieur! croyez-vous
Que nous ayons tant d’esprit que vos dames?
(Notez qu’illec avec deux autres femmes,
Du gros bourgeois l’épouse était aussi)
Je pense bien, continua la belle,
Qu’en pareil cas Madame en use ainsi;
Mais quoi, chacun n’est pas si sage qu’elle.

Observations de Walckenaer :

Le savetier

savetier_contesDans la première et dans la seconde édition, cette nouvelle est intitulée Conte d’une chose arrivée à C. Dans la troisième édition, 1669, in-12, ce titre est comme dans les deux premières éditions ; mais le C est remplacé par Château-Thierry : ce qui nous indique que La Fontaine a mis ici en vers un fait arrivé dans la ville qu’il habitait. Mais le titre qu’il avait donné à cette nouvelle implique contradiction, et on a eu raison de le changer.

C’est dans l’édition de Romain de Hooge, 1685, in-12 , que cette historiette a été pour la première fois intitulée le Savetier.

Analyse de Louis Moland :

Les Rieurs du Beau Richard, par La Fontaine. Voy. Tome V.

Blaise le Savetier, opéra-comique en un acte, en prose ; paroles de Sedaine, musique de Philidor ; représenté le 9 mars 1759.

Blaise va le rendre au cabaret malgré les remontrances de sa femme Blaisine, quand des recors, soutenus de la femme d’un huissier, propriétaire de la maison où ils demeurent, viennent saisir ses meubles. Biaise confie à sa femme l’amour de l’épouse de l’huissier pour lui, et Blaisine lui confie à son tour l’amour de l’huissier pour elle. Tous deux se mettent en tête de duper l’huissier. Une armoire, sur le théâtre, devient le champ de bataille de leur stratagème. L’huissier est dupé et l’huissière démasquée.

 

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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