Chanson III, pour Madame…

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Chanson III, pour Madame…


Sur l’air des Folies d’Espagne.

1687

On languit, on meurt près de Sylvie :
C’est un sort dont les rois sont jaloux.
Si les dieux pouvoient perdre la vie.
Dans vos fers ils mourroient comme nous.

Soupirant pour un si doux martyre,
À Vénus ils ne font plus la cour ;
Et Sylvie accroîtra son empire
Des autels de la mère d’Amour.

Le printemps paroît moins jeune qu’elle;
D’un beau jour la naissance rit moins :
Tous les yeux disent qu’elle est plus belle,
Tous les coeurs en servent de témoins.

Ses refus sont si remplis de charmes,
Que l’on croit recevoir des faveurs :
La douceur est celle de ses armes
Qui se rend la plus fatale aux cœurs.

Tous les jours entrent à son service
Mille Amours, suivis d’autant d’amants :
Chacun d’eux, content de son supplice,
Avec soin lui cache ses tourments.

Sa présence embellit nos bocages ;**
Leurs ruisseaux sont enflés par mes pleurs :
Trop heureux d’arroser des ombrages
Où ses pas ont fait naître des fleurs.

L’autre jour,; assis sur l’herbe tendre,
Je chantois son beau nom dans ces lieux;
Les Zéphyrs, accourant pour l’entendre,
Le portaient aux oreilles des dieux.

Je l’écris sur l’écorce des arbres;
Je voudrois en remplir l’univers :
Nos bergers l’ont gravé sur des marbres
Dans un temple, au-dessus de mes vers.

C’est ainsi qu’en un bois solitaire.
Lycidas exprimoit son amour..
Les échos, qui ne sauroient se taire,
L’ont redit aux bergers d’alentour.

 

* Imprimée pour la première fois dans les Œuvres posthumes, 1696, p. 216; insérée dans les Œuvres diverses, édit. de 1729, t. I, p. 103. C’est Matthieu Marais qui nous apprend et la date de cette pièce et le nom de la personne pour laquelle elle a été composée, Mme d’Hervart.
Mme d’Hervart était la femme d’un conseiller au parlement et maître des requêtes : elle fut la bienfaitrice et l’amie de La Fontaine. C’était une des plus belles femmes que l’on eût jamais vues, selon Matthieu Marais, qui l’a connue. A l’époque à laquelle La Fontaine fit pour elle cette chanson, elle était nouvellement mariée, puisque l’épithalame adressé par Vergier à M. d’Hervart, sur son mariage, est daté de 1686. On verra ci-après, dans les lettres, que pendant l’année 1687 La Fontaine fit de fréquents voyages à Bois-le-Vicomte, où Mme d’Hervart passait la belle saison.
** Ceci fait présumer que c’est à Bois-le-Vicomte-que cette chanson a été composée.

(Œuvres complètes de La Fontaine, par M. Louis Moland, Garnier frères, Paris-1872-1876)

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C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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