C’est quoi un fabliau ?

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 C’est quoi un fabliau ?

fabliau
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Le genre poétique le plus riche, au treizième siècle, est sans contredit celui des contes appelés fabliaux. Parmi ces récits, plusieurs ont pour objet l’enseignement moral, et d’autres le simple amusement ; il y en a de sérieux, de gais, de touchants. La gaieté domine et s’émancipe trop souvent jusqu’à la grossiè­reté ordurière.

Dans le style versifié du moyen-Age, le fabliau avait quelque chose de naïf et de piquant. Il était à la chanson de gestes, ce que la comédie et le vaudeville sont à la tragédie. Il racontait une anecdote, un fait amusant, un bon mol. Son petit vers de huit syllabes s’en allait sautillant à travers toutes les témérités du sujet, frappant au hasard ce qu’il trouvait sur sa route, et provoquant ainsi de bons et francs éclats de rire. Aucun genre de composition ne montre avec plus d’avantage le talent de nos trouvères. L’art de conter y est poussé bien plus loin que dans les grandes épopées. Le fabliau étant beaucoup plus court, se laisse saisir et embrasser facilement par le poète.

Toutes ses parties se coordonnent suivant une juste pro­portion : toutes vont droit et rapidement au but. L’esprit na­tional, plus sensé qu’enthousiaste, plus railleur que poétique, se trouve à son aise et comme chez lui dans ces contes fa­miliers.

Le fabliau était favorablement accueilli dans les châteaux ; mais le peuple, de son coté, goûtait ces récits humbles et ma­lins comme lui, où il retrouvait sa vie de chaque jour, les vices et les travers de ses maîtres comme de ses égaux. Souvent au foyer des compères de la nouvelle commune, venait s’as­seoir quelque bon vieux jongleur. Là, tandis que se choquaient les hanaps remplis de vin de Brie, il répétait, d’un ton nar­quois, quelques-uns de ces jolis contes qu’il contait si bien. Pour peu que le vin fût passable, le fabliau devenait plus méchant. C’étaient les représailles du peuple contre les grands, c’était la satire populaire. *

Quoique les fabliaux soient essentiellement une œuvre ano­nyme que personne n’a inventée, et que tout le monde répète, nous connaissons les noms d’un grand nombre de trouvères qui les ont versifiés. L’un des plus hardis et des plus habiles, celui dont la vie et la personne, peuvent nous servir de type, pour nous en figurer beaucoup d’autres, est Rutebœuf, con­temporain de saint Louis. Vilain d’origine, clerc pour le sa­voir, laïque par l’habit, quand il en avait un, pauvre existence vagabonde pour qui la société n’avait pas encore de place, s’il l’en faut croire, il se trouvait souvent réduit aux dernières extrémités : « Je suis sans cotte, s’écrie-t-il, sans lit, je tousse de froid, je baille de faim, je ne sais où aller, et il n’y a per­sonne qui soit aussi misérable que moi d’ici à Senlis. »

Rutebœuf vécut, ou dut être connu, à partir de 1250 jusqu’à 1300. Il mérite une place distinguée parmi les fondateurs de notre poésie. Son langage est souvent âpre et rude comme sa pensée ; c’est lorsque son cœur, aigri par l’infortune, s’en prend à la société de ses souffrances. Il s’arme alors contre son siècle de la satire la plus violente et la plus grossière ; mais souvent aussi il se borne à faire un triste retour sur sa condition ici-bas ; alors son style s’assouplit, et prend une teinte de mélan­colie qui n’est pas sans grâce.

(Demogeot, Histoire de la littérature française.)         

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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