Ballade VI, sur Escobar

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Ballade VI, sur Escobar


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C’est à bon droit que l’on condamne à Rome
L’évêque d’Ypre, auteur de vains débats ;
Ses sectateurs nous défendent en somme
Tous les plaisirs que l’on goûte ici-bas.
En paradis allant au petit pas,
On y parvient, quoi qu’Arnauld nous en die ;
La volupté sans cause il a bannie.
Veut-on monter sur les célestes tours ?
Chemin pierreux est grande rêverie :
Escobar sait un chemin de velours.

Il ne dit pas qu’on peut tuer un homme
Qui sans raison nous tient en altercas
Pour un fétu, mais bien pour une pomme,
Ou tout au moins pour quatre ou cinq ducats.
Même il soutient qu’on peut, en certains cas,
Faire un serment plein de supercherie,
S’abandonner aux douceurs de la vie,
S’il est besoin, conserver ses amours.
Ne faut-il pas après que l’on s’écrie
“ Escobar sait un chemin de velours ”?

Au nom de Dieu, lisez-moi quelque somme
De ces auteurs dont chez lui l’on fait cas ;
Qu’est-il besoin qu’à présent je les nomme ?
Il en est tant qu’on ne les connaît pas.
De leurs avis servez-vous pour compas ;
N’admettez qu’eux en votre librairie.
Brûlez Arnauld, quittez sa confrérie ;
Près d’Escobar ce ne sont qu’esprits lourds.
Je vous le dis, ce n’est point raillerie
Escobar sait un chemin de velours.

Envoi

Toi que l’orgueil poussa dans la voirie,
Qui tiens là-bas noire conciergerie,
Lucifer, chef des infernales cours,
Pour éviter les traits de ta furie,
Escobar sait un chemin de velours.

– Nous avons collationné cette ballade sur deux copies manuscrites qui nous étaient inconnues lors de notre première édition : l’une, tirée des manuscrits de Tallemant des Réaux, est celle qui nous a paru donner le texte original ; une autre s’est trouvée dans les papiers du savant Adry, et nous avait été communiquée par M. Barbier, qui l’a depuis publiée dans le quatrième volume de son Dictionnaire des anonymes. Elle diffère peu des leçons imprimées.

Walckenaer

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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