Ballade IX sur le même sujet

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Ballade IX sur le même sujet que la précédente


1682

Or est venu l’enfant si souhaité,
Voici son sort : j’en ai fait la figure.
Premièrement, si j’ai bien supputé,
De cent printemps l’agréable peinture
Viendra pour lui rajeunir la nature.
Nombre d’Amours, pendant ses jeunes ans,
Lui serviront de premiers courtisans ;
Puis d’autres soins, troupe aux Jeux ennemie,
Lui fileront à l’envi le destin
De trois grands dieux directeurs de sa vie :
Ces trois dieux sont Mars, Amour, et Jupin.

Amour viendra le beau premier en danse.
Je vous le dis, belles, songez à vous ;
Mais que sert-il ? royale adolescence
Pour tous les cœurs est un charme trop doux
Tel accident n’est mort d’homme, entre nous.
Pleurs et soupirs pourront en cette terre
Régner alors ; puis par une autre guerre
Ils passeront aux climats du matin ;
Et ne se doit reposer la Victoire
Que, tous les Turcs faits Français à la fin,
De trois grands dieux leur vainqueur n’ait la gloire :
Ces trois dieux sont Mars, Amour, et Jupin.

Mars est entré le second dans la lice :
Ce temps doit faire admirer un héros,
Un rejeton du maître en l’exercice
Qui fait les dieux ; car ce n’est le repos.
Son petit-fils l’aura dans ses travaux
Pour précepteur à lancer le tonnerre,
A bien régner, à conduire une guerre ;
Au prix de lui, novices en cet art
Sont réputés Alexandre et César.
Telles leçons finiront la carrière
Du nouveau-né qui, dans un long destin,
De trois grands dieux fournira la matière
Ces trois dieux sont Mars, Amour, et Jupin.

Envoi à Mme La Dauphine

Princesse aimable, et vous, digne Dauphin,
Vos qualités ont formé cet ouvrage,
Triple chef-d’œuvre, enfant plus que divin,
Qui de trois dieux fera voir l’assemblage :
Ces trois dieux sont Mars, Amour, et Jupin.

 

– (figure), Les astrologues figuraient le Thème d’un individu, c’est-à-dire la situation des étoiles au moment de sa naissance; et ensuite ils conjecturaient les diverses fortunes de sa vie future.

Walckenaer

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

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