Ballade III, à M. Fouquet

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Ballade III, à M. Fouquet


pour un 2ème. terme

octobre 1659

Trois fois dix vers, et puis cinq d’ajoutés,
Sans point d’abus, c’est ma tâche complète ;
Mais le mal est qu’ils ne sont pas comptés
Par quelque bout il faut que je m’y mette.
Puis, que jamais ballade je promette,
Dussé-je entrer au fin fond d’une tour,
Nenni, ma foi ! car je suis déjà court;
Si que je crains que n’ayez rien du nôtre.
Quand il s’agit de mettre un œuvre au jour,
Promettre est un, et tenir est un autre.

Sur ce refrain, de grâce, permettez
Que je vous conte en vers une sornette.
Colin, venant des Universités,
Promit un jour cent francs à Guillemette ;
De quatre-vingts il trompa la fillette,
Qui, de dépit, lui dit pour faire court
« Vous y viendrez cuire dans notre fourt »
Colin répond, faisant le bon apôtre :
« Ne vous fâchez, belle, car, en amour,
Promettre est un, et tenir est un autre. »

Sans y penser j’ai vingt vers ajustés,
Et la besogne est plus d’à demi faite.
Cherchons-en treize encor de tous côtés,
Puis ma ballade est entière et parfaite.
Pour faire tant que l’ayez toute nette,
Je suis en eau, tant que j’ai l’esprit lourd ;
Et n’ai rien fait si par quelque bon tour
Je ne fabrique encore un vers en ôtre ;
Car vous pourriez me dire à votre tour
« Promettre est un, et tenir est un autre. »

Envoi

O vous, l’honneur de ce mortel séjour,
Ce n’est pas d’hui que ce proverbe court ;
On ne l’a fait de mon temps ni du vôtre
Trop bien savez qu’en langage de cour
Promettre est un, et tenir est un autre.

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