Anecdote sur le Curé et le Mort

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Anecdote sur le Curé et le Mort


Je crois que l’anecdote suivante sur une des meilleures fables de l’immortel La Fontaine, vous fera plaisir, Monsieur, et que vous en ferez part à vos lecteurs. Je la tiens, cette anecdote, de feu M. l’abbé d’Olivet ; la source en est bonne comme vous savez.
Vous avez lu et relu cent fois l’ingénieux apologue intitulé : le Curé et le Mort.
Permettez-moi de le copier ici, pour le mettre sous les yeux de ceux de nos lecteurs, qui ne se le rappelleraient pas :
Un mort s’en allait tristement…..
M. Chouart, qui était du nombre des convives, vint à la charge et voulut à son tour sermonner le Fabuliste. Mais le Bonhomme, l’arrêtant tout court par un tu quoque, mi Brute, le pria d’entonner un beau Gloria in excelsis. Pour l’intelligence de ce Gloria, il faut savoir que M. Chouart, à la messe de paroisse, après l’intonation du Gloria et du Credo, quittait l’autel, montait à son appartement pour attiser son feu et faire bouillir sa marmite. « Voilà de la besogne taillée pour vous, disait-il à ses chantres ; n’allez pas si vite ! »
La Fontaine, à son retour de Château-Thierry, fit, pour se venger du curé, la fable en question ; mais il faut rendre justice à la vérité :
Certaine nièce, assez proprette,
Et la chambrière Paquette,
ne doivent leur existence qu’à l’imagination du poète, qui les a malicieusement placées dans le presbytère du curé. Il est constant que M. Chouart n’eut jamais de domestique mâle ni femelle. Une pauvre femme, vendeuse d’herbes ou de fruits, ouvrait la porte aux paroissiens qui avoient affaire au pasteur.

Choquet, prêtre.

Paris, ce 22 octobre 1775.

 

Le nom de ce curé, Chouart, n’est point, Monsieur, inventé à plaisir pour la rime. Il a réellement existé ; il était d’une famille très-distinguée dans la Touraine, conseiller du Roi, docteur en théologie de la faculté de Paris, curé de Saint-Germain-le-Vieux, doyen de messieurs les curés de cette ville, ami de Bossuet, de Racine, de La Fontaine, etc. Un jour que ces illustres auteurs s’égayaient à table avec quelques flacons de vin de Champagne, le sévère Despréaux, prenant tout à coup un air grave, se mit à prêcher La Fontaine sur le scandale de sa séparation d’avec sa femme. Racine seconda son ami avec cette éloquence douce et insinuante qui lui était naturelle. « Eh bien ! Messieurs, dit La Fontaine, puisque vous le voulez, j’irai voir cette femme ; elle dît pourtant que je suis un malpropre. » Le curé,
– Cette lettre a paru dans l’Année littéraire, de 1775, tome V. Walekenaer regarde comme un conte ridicule l’anecdote rapportée par l’auteur de cette lettre, d’après le témoignage de l’abbé d’Olivet : « Le nom de Messire Jean Chouart se trouve dans Rabelais, dit-il; La Fontaine ne s’en est servi que parce que ce facétieux écrivain l’avait en quelque sorte rendu populaire pour désigner un homme d’église que l’on voulait ridiculiser. » Que le nom de Chouart soit ou ne soit pas dans Rabelais, peu importe ; c’était un nom assez commun en France, surtout dans la bourgeoisie de Paris, et l’anecdote, racontée dans la lettre, nous semble très-vraisemblable. Quant au sujet de la fable, il n’en est pas moins fondé sur un fait véritable que Madame de Sévigné a consigné dans une lettre a sa fille, du 26 février 1672.

Paul Lacroix

« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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