Analyse et explication de : Rien de Trop

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Rien de Trop


rien-de-trop-jjgrandvilleIl y a sur le fronton du temple de Delphes deux inscriptions des plus nécessaires pour la conduite de la vie: ” Connais-toi toi-même,” et “Bien de trop.” À ces deux préceptes-là se rattachent tous les autres ; et ils ont ensemble tant d’analogie et de rapport qu’ils semblent démontrer l’un par l’autre leur force mutuelle. “Se connaître soi-même ” implique ” rien de trop ; ” et ”rien de trop” implique “se connaître soi-même.” Aussi, sur ces maximes écoutez Ion :

On dit en quatre mots : “se connaître soi-même ;
Mais pour s’y conformer, dieux ! quelle peine extrême !
Jupiter seul le sait…
Ion
Heureux donc le mortel qui aura toujours ces deux paroles présentes à l’esprit, comme préceptes émanés d’Apollon Pythien ! Il pourra sans peine les appliquer à chaque événement de la vie, et il supportera en homme intelligent toutes les épreuves. Comme il ne perdra jamais de vue sa propre nature, il conservera, quoi qu’il arrive, une juste modération. Il ne s’enflera pas plus jusqu’à l’insolence, qu’il ne se laissera abattre et ne descendra aux plaintes, aux gémissements. Il se mettra au-dessus des faiblesses de l’âme, au-dessus de cette crainte naturelle inspirée par la mort à ceux qui ne connaissent pas le cours ordinaire de la vie et l’influence que s’y réservent la Nécessité et le Destin.
Plutarque.
Si j’arrondissais mes Etats !
Si je pouvais remplir mes coffres de ducats !
Si j’apprenais l’hébreu, les sciences, l’histoire !
Tout cela, c’est la mer à boire ;
Mais rien à l’homme ne suffit.
Pour fournir aux projets que forme un seul esprit,
Il faudrait quatre corps : encor, loin d’y suffire,
 mi-chemin je crois que tous demeureraient :
Quatre Mathusalem bout à bout ne pourraient
Mettre à fin ce qu’un seul désire.
La Fontaine.
– Une âme égale, au milieu des plus tristes accidents de la vie, et maintenue en dehors des enivrements de la joie insolente que la prospérité amène avec elle, voilà tout le secret, mon cher Dellius.
Horace.
– En toute chose il existe un juste milieu ; en deçà comme au-delà des limites raisonnables tout n’est plus que nuage et confusion.
Idem
Les hommes, la plupart, sont étrangement faits ;
Dans la juste mesure on ne les voit jamais.
La raison a pour eux des bornes trop petites.
En chaque caractère ils passent les limites ;
Et la plus noble chose ils la gâtent souvent
Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.
Molière


Je ne vois point de créature
Se comporter modérément.
Il est certain tempérament
Que le maître de la nature
Veut que l’on garde en tout. Le fait-on ? Nullement.
Soit en bien, soit en mal, cela n’arrive guère.
Le blé, riche présent de la blonde Cérès
Trop touffu bien souvent épuise les guérets ;
En superfluités s’épandant d’ordinaire,
Et poussant trop abondamment,
Il ôte à son fruit l’aliment.
L’arbre n’en fait pas moins ; tant le luxe sait plaire !
Pour corriger le blé, Dieu permit aux moutons
De retrancher l’excès des prodigues moissons.
Tout au travers ils se jetèrent,
Gâtèrent tout, et tout broutèrent,
Tant que le Ciel permit aux Loups
D’en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ;
S’ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
Puis le Ciel permit aux humains
De punir ces derniers : les humains abusèrent
A leur tour des ordres divins.
De tous les animaux l’homme a le plus de pente
A se porter dedans l’excès.
Il faudrait faire le procès
Aux petits comme aux grands. Il n’est âme vivante
Qui ne pèche en ceci. Rien de trop est un point
Dont on parle sans cesse, et qu’on n’observe point.

3. Tempérament. Mesure, modération.
9. Epandre. Un synonyme de répandre. C’est verser, et, en versant, étendre. C’est ainsi que les eaux d’un fleuve Répandent dans la plaine. Dans ce cas, le fleuve verse ses eaux et les étend doucement. S’il est violent, vous devez dire que ses eaux se répandent. Telle est la différence des deux verbes. Vous comprenez que dans notre passage s’épandant est très-bien dit, puisque le blé ne s’étend que doucement et peu à peu dans ces superfluités, lesquelles sont les tiges du blé, superfluités seulement pour ce qu’elles ont de trop en grosseur, en hauteur, etc.
Car la tige est nécessaire. Le vers suivant explique cet excès : trop abondamment. Le blé ayant épuisé sa force à nourrir la tige, il ne lui en reste plus pour donner la nourriture ou l’aliment à l’épi et au grain.
17. Tant. Tellement.
24. Dedans l’excès. On dit ordinairement à l’excès.
Vers 25, 26. On low and high we make the charge.

Lambert Sauveur. Docteur es lettres et en droit. New-York, Henby Hold and Cie. F.W. Christerk, 1877.

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