Les Amours de Psyché et de Cupidon – Notice

0 142

Résumé de “Les Amours de Psyché et de Cupidon”

Charles Athanase Walckenaer

1669

Apulée, philosophe platonicien, né au second siècle de l’ère chrétienne, est le premier, et même le seul des écrivains anciens qui ait raconté les aventures de Psyché. Elles forment un épisode de l’ouvrage intitulé la Métamorphose ou l’Âne d’or, ouvrage qui prouve dans son auteur beaucoup d’imagination et d’esprit. Il est écrit en latin. Mais comme Apulée était né à Madaure en Afrique, qu’il avait fait ses études à Athènes, il savait mal la langue latine, qu’il avait apprise sans maître. Son style est dur, pénible, plein d’expressions et de tournures étranges ; cependant il n’est dépourvu ni de chaleur, ni d’éloquence, ni même de grâce. Son incorrection a de la force, et son néologisme est expressif et brillant.
La fable de Psyché est sans comparaison ce que l’ouvrage d’Apulée renferme de meilleur. Cette fable est considérée ajuste titre comme une des plus ingénieuses et des plus intéressantes que l’antiquité nous ait transmises ; mais quoique Apulée soit le premier auteur où on la trouve, on ne croit pas qu’il en soit l’inventeur. On pense avec raison qu’elle est beaucoup plus ancienne que le siècle où il a vécu ; et on se fonde à cet égard sur le nom même de Psyché qui, en grec, signifie âme, et est aussi le nom du papillon emblème chez les Grecs de l’immortalité de l’âme. De plus un grand nombre de monuments des arts de la Grèce, dont plusieurs appartiennent à l’âge reculé de leur plus grande perfection, retracent quelques-unes des aventures de Psyché.
D’après ces faits, il est difficile d’expliquer pourquoi aucun auteur ancien n’en a parlé ; pourquoi on ne trouve dans aucun de ceux qui nous restent la moindre allusion à une aussi charmante fiction.
A la vérité Fulgence , qui écrivait au sixième siècle, après avoir abrégé en quelques pages la fable de Psyché, termine en disant : « Apulée a rempli deux livres entiers de ces fabuleux récits ; et Aristophonte, Athénien, dans l’ouvrage qu’il a intitulé Dysaristia, a traité le même sujet avec une grande profusion de paroles. « Ce passage de Fulgence ne nous apprend point si cet Aristophonte ( Aristophanes, ou Aristophantes, selon d’autres manuscrits ) est antérieur ou postérieur à Apulée ; et comme nous ne savons rien de cet auteur athénien que la mention qu’en a faite Fulgence, Apulée reste toujours pour nous le seul des anciens écrivains qui ait parlé de la fable de Psyché, et la difficulté que nous avons exposée plus haut reste entière.
Un savant danois a cherché à expliquer ce silence des auteurs, si fort en opposition avec les témoignages produits par les monuments des arts.
Selon lui la fable de Psyché est un mythe moral faisant partie de ces mystères auxquels les femmes seules étaient initiées, et qui étaient destinés à être représentés devant elles sous la forme d’un drame symbolique, afin de leur rappeler les dangers qui assiègent la beauté, et de leur inculquer les devoirs que la femme mariée doit accomplir au milieu des épreuves et des difficultés de tout genre. Les ouvrages du ciseau ou du burin antique qui en retracent quelques circonstances avoient été, selon notre auteur, exécutés pour ces mystérieuses cérémonies, et pouvaient d’ailleurs être mis sans danger sous les yeux des profanes, puisqu’ils ne pouvaient donner qu’une connaissance partielle, et par-là même insuffisante, du mythe secret ; d’ailleurs ils n’en révélaient pas le sens allégorique.
Le même savant a comparé la fable de Psyché, telle qu’elle est écrite dans Apulée, avec tous les monuments de l’art qui en représentent quelques circonstances, et il a remarqué qu’on ne trouve pas un seul de ces monuments qui ait trait aux sœurs ou aux parents de Psyché, ni aux supplications que celle-ci adresse après son malheur à Cérès et à Junon, ni enfin à la maladie que la brûlure de la lampe a causée à Cupidon ; et comme ces événements tiennent une grande place dans le roman d’Apulée, notre savant en conclut qu’ils sont de son invention, et que primitivement cette fable mythologique et morale était beaucoup plus simple.
Quoi qu’il en soit de ces conjectures, qui sont au moins très ingénieuses, il est certain qu’Apulée s’est mis peu en peine de donner à son récit un air d’antiquité, et qu’au contraire il a modifié une fable fort ancienne, pour l’assortir aux goûts et aux idées de son siècle, tellement, qu’il n’a pas craint de mettre dans la bouche de Jupiter la citation de la loi Julia, rendue par Auguste contre les adultères.
La Fontaine a pris encore plus de liberté à cet égard.
Ainsi qu’il le dit dans sa préface, il a puisé le sujet de son : roman dans le récit d’Apulée ; mais il a modifié ce récit à son gré ; il a ajouté ce qui lui paraissait nécessaire, et retranché tout ce qui n’était pas de son goût. Dans son ouvrage, ce sont quatre amis qui se rendent à Versailles pour voir ces superbes jardins et ces magnifiques palais, nouvelles merveilles du nouveau règne. Un d’entre eux, pour varier les amusements de ses trois amis, et aussi pour consulter leur goût et profiter de leurs critiques, fait la lecture de ce qu’il a écrit sur les aventures de Psyché. Sa narration est souvent interrompue par la description des beaux lieux que les quatre amis ont occasion de contempler, par les discussions littéraires auxquelles ils s’abandonnent, et par les réflexions ou les observations que chacun d’eux se plaît à faire. Ces entretiens, souvent badins, et quelquefois sérieux et moraux, produisent des divagations et des longueurs ; mais il en résulte un avantage, c’est de faire oublier l’auteur et le livre. Tel est le charme de la prose naïve et élégante de La Fontaine, qu’on croit être présent à la conversation de quelques hommes choisis et distingués par leur esprit, qui, unis par les mêmes penchants, jouissent avec effusion du plaisir de se trouver ensemble ; qui, tout en se promenant et s’asseyant sous de beaux ombrages, et près de limpides ruisseaux, lisent, écoutent, causent, dissertent ou récitent des vers. A la vérité ces vers ne sont pas toujours excellents ; mais il en est qui sont au nombre des meilleurs échappés à la muse de La Fontaine ; et plusieurs n’ont paru longs et obscurs, que parce qu’ils décrivent des objets qui n’existent plus. C’est principalement à bien éclaircir ceux-ci que nous nous sommes attachés dans cette édition, et nous espérons ne l’avoir pas tenté sans succès.

  1. Notice
  2. A Mme la Duchesse de Bouillon
  3. Préface
  4. Livre I1ère. partie
  5.              2ème. partie
  6.              3ème. partie
  7.              4ème. partie
  8.              5ème. partie
  9.              6ème. partie
  10.             7ème. partie
  11. Livre II1ère. partie
  12.               2ème. partie
  13.               3ème. partie
  14.               4ème. partie
  15.               5ème. partie
  16.               6ème. partie
  17. Les illustrations des Amour de Psyché et de Cupidon.

 

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.