Les Amours de Psyché et de Cupidon IV

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Les Amours de Psyché et de Cupidon IV


Sommaire – partie IV

Livre premier

Dès que la musique eut cessé, on dit à Psyché qu’il était temps de se reposer. Il lui prit alors une petite inquiétude, accompagnée de crainte, et telle que les filles l’ont d’ordinaire le jour de leurs noces, sans savoir pourquoi. La belle fit toutefois ce que l’on voulut. On la met au lit, et on se retire. Un moment après, celui qui en devait être le possesseur arriva, et s’approcha d’elle. On n’a jamais su ce qu’ils se dirent, ni même d’autres circonstances bien plus importantes que celle-là : seulement a-t-on remarqué que le lendemain les Nymphes riaient entre elles, et que Psyché rougissait en les voyant rire. La belle ne s’en mit pas fort en peine, et n’en parut pas plus triste qu’à l’ordinaire.

Pour revenir à la première nuit de ses noces, la seule chose qui l’embarrassait était que son mari l’avait quittée devant qu’il fut jour, et lui avait dit que pour beaucoup de raisons il ne voulait pas être connu d’elle, et qu’il la priait de renoncer à la curiosité de le voir. Ce fut ce qui lui en donna davantage. ” Quelles peuvent être ces raisons ? disait en soi-même la jeune épouse ; et pourquoi se cache-t-il avec tant de soin? Assurément l’oracle nous a dit vrai, quand il nous l’a peint comme quelque chose de fort terrible ; si est-ce qu’au toucher et au son de voix il ne m’a semblé nullement que ce fût un monstre. Toutefois les dieux ne sont pas menteurs ; il faut que mon mari ait quelque défaut remarquable : si cela était, je serais bien malheureuse. ” Ces réflexions tempérèrent pour quelques moments la joie de Psyché. Enfin elle trouva à propos de n’y plus penser, et de ne point corrompre elle-même les douceurs de son mariage. Dès que son époux l’eut quittée, elle tira les rideaux. A peine le jour commençait à poindre. En l’attendant, notre héroïne se mit à rêver à ses aventures, particulièrement à celles de cette nuit. Ce n’étaient pas véritablement les plus étranges qu’elle eût courues ; mais elle en revenait toujours à ce mari qui ne voulait point être vu. Psyché s’enfonça si avant en ces rêveries qu’elle en oublia ses ennuis passés, les frayeurs du jour précédent, les adieux de ses parents, et ses parents mêmes ; et là-dessus elle s’endormit. Aussitôt le songe lui représente son mari sous la forme d’un jouvenceau de quinze à seize ans, beau comme l’Amour, et qui avait toute l’apparence d’un dieu. Transportée de joie, la belle l’embrasse : il veut s’échapper, elle crie ; mais personne n’accourt au bruit. ” Qui que vous soyez, dit-elle, et vous ne sauriez être qu’un dieu, je vous tiens, ô charmant époux, et je vous verrai tant qu’il me plaira. ” L’émotion l’ayant éveillée, il ne lui demeura que le souvenir d’une illusion agréable ; et, au lieu d’un jeune mari, la pauvre Psyché ne voyant en cette chambre que des dorures, ce qui n’était pas ce qu’elle cherchait, ses inquiétudes recommencèrent. Le Sommeil eut encore une fois pitié d’elle ; il la replongea dans les charmes de ses pavots : et la belle acheva ainsi la première nuit de ses noces.

Comme il était déjà tard, les Nymphes entrèrent, et la trouvèrent encore tout endormie. Pas une ne lui en demanda la raison, ni comment elle avait passé la nuit, mais bien si elle se voulait lever, et de quelle façon il lui plaisait que l’on l’habillât. En disant cela, on lui montre cent sortes d’habits, la plupart très riches. Elle choisit le plus simple, se lève, se fait habiller avec précipitation, et témoigne aux Nymphes une impatience de voir les raretés de ce beau séjour. On la mène donc en toutes les chambres : il n’y a point de cabinet ni d’arrière-cabinet qu’elle ne visite, et où elle ne trouve un nouveau sujet d’admiration. De là elle passe sur des balcons, et de ces balcons les Nymphes lui font remarquer l’architecture de l’édifice, autant qu’une fille est capable de la concevoir. Elle se souvient qu’elle n’a pas assez regardé de certaines tapisseries. Elle rentre donc, comme une jeune personne qui voudrait tout voir à la fois, et qui ne sait à quoi s’attacher. Les Nymphes avaient assez de peine à la suivre, l’avidité de ses yeux la faisant courir sans cesse de chambre en chambre et considérer à la hâte les merveilles de ce palais, où, par un enchantement prophétique, ce qui n’était pas encore et ce qui ne devait jamais être se rencontrait.

On fit ses murs d’un marbre aussi blanc que l’albâtre ;
Les dedans sont ornés d’un porphyre luisant.
Ces ordres dont les Grecs nous ont fait un présent,
Le dorique sans fard, l’élégant ionique,
Et le corinthien superbe et magnifique,
L’un sur l’autre placés, élèvent jusqu’aux cieux
Ce pompeux édifice où tout charme les yeux.
Pour servir d’ornement à ses divers étages,
L’architecte y posa les vivantes images
De ces objets divins, Cléopâtres, Phrynés,
Par qui sont les héros en triomphe menés.
Ces fameuses beautés dont la Grèce se vante,
Celles que le Parnasse en ses fables nous chante,
Ou de qui nos romans font de si beaux portraits,
A l’envi sur le marbre étalaient leurs attraits.
L’enchanteresse Armide, héroïne du Tasse,
A côté d’Angélique Il avait trouvé sa place.
On y voyait surtout Hélène au cœur léger,
Qui causa tant de maux pour un prince berger.
Psyché dans le milieu voit aussi sa statue,
De ces reines des cœurs pour reine reconnue
La belle à cet aspect s’applaudit en secret,
Et n’en peut détacher ses beaux yeux qu’à regret.
Mais on lui montre encor d’autres marques de gloire
Là ses traits sont de marbre, ailleurs ils sont d’ivoire ;
Les disciples d’Arachne, à l’envi des pinceaux,
En ont aussi formé de différents tableaux.
Dans l’un on voit les Ris divertir cette belle ;
Dans l’autre, les Amours dansent à l’entour d’elle ;
Et, sur cette autre toile, Euphrosine et ses sœurs
Ornent ses blonds cheveux de guirlandes de fleurs.
Enfin, soit aux couleurs, ou bien dans la sculpture,
Psyché dans mille endroits rencontre sa figure ;
Sans parler des miroirs et du cristal des eaux,
Que ses traits imprimés font paraître plus beaux.

Les endroits où la belle s’arrêta le plus, ce furent les galeries. Là les raretés, les tableaux, les bustes, non de la main des Apelles et des Phidias, mais de la main même des fées, qui ont été les maîtresses de ces grands hommes, composaient un amas d’objets qui éblouissait la vue, et qui ne laissait pas de lui plaire, de la charmer, de lui causer des ravissements, des extases ; en sorte que Psyché, passant d’une extrémité en une autre, demeura longtemps immobile, et parut la plus belle statue de ces lieux. Des galeries elle repasse encore dans les chambres, afin d’en considérer les richesses, les précieux meubles, les tapisseries de toutes les sortes, et d’autres ouvrages conduits par la fille de Jupiter. Surtout on voyait une grande variété dans ces choses, et dans l’ordonnance de chaque chambre : colonnes de porphyre aux alcôves (ne vous étonnez pas de ce mot d’alcôve : c’est une invention moderne, je vous l’avoue ; mais ne pouvait-elle pas être dès lors en l’esprit des fées? et ne serait-ce point de quelque description de ce palais que les Espagnols, les Arabes, si vous voulez, l’auraient prise?); les chapiteaux de ces colonnes étaient d’airain de Corinthe pour la plupart. Ajoutez à cela les balustres d’or. Quant aux lits, ou c’était broderie de perles, ou c’était un travail si beau que l’étoffe n’en devait pas être considérée. Je n’oublierai pas, comme on peut penser, les cabinets et les tables de pierreries ; vases singuliers et par leur matière, et par l’artifice de leur gravure; enfin de quoi surpasser en prix l’Univers entier. Si j’entreprenais de décrire seulement la quatrième partie de ces merveilles, je me rendrais sans doute importun ; car à la fin on s’ennuie de tout, et des belles choses comme du reste. Je me contenterai donc de parler d’une tapisserie relevée d’or, laquelle on fit remarquer principalement à Psyché, non tant pour l’ouvrage, quoiqu’il fût rare, que pour le sujet. La tenture était composée de six pièces.

Dans la première on voyait un chaos,
Masse confuse, et de qui l’assemblage
Faisait lutter contre l’orgueil des flots
Des tourbillons d’une flamme volage.

Non loin de là, dans un même monceau,
L’air gémissait sous le poids de la terre
Ainsi le feu, l’air, la terre, avec l’eau,
Entretenaient une cruelle guerre.

Que fait l’Amour ? volant de bout en bout,
Ce jeune enfant, sans beaucoup de mystère,
En badinant vous débrouille le tout,
Mille fois mieux qu’un sage n’eût su faire.

Dans la seconde, un Cyclope amoureux,
Pour plaire aux yeux d’une Nymphe jolie,
Se démêlait la barbe et les cheveux ;
Ce qu’il n’avait encor fait de sa vie.

En se moquant la Nymphe s’enfuyait.
Amour l’atteint ; et l’on voyait la belle
Qui, dans un bois, le Cyclope priait
Qu’il l’excusât d’avoir été rebelle.

Dans la troisième, Cupidon paraissait assis sur un char tiré par des tigres. Derrière ce char, un petit Amour menait en laisse quatre grands dieux, Jupiter, Hercule, Mars et Pluton ; tandis que d’autres enfants les chassaient, et les faisaient marcher à leur fantaisie. La quatrième et la cinquième représentaient en d’autres manières la puissance de Cupidon. Et dans la sixième ce dieu, quoiqu’il eût sujet d’être fier des dépouilles de l’Univers, s’inclinait devant une personne de taille parfaitement belle, et qui témoignait à son air une très grande jeunesse. C’est tout ce qu’on en pouvait juger, car on ne lui voyait point le visage ; et elle avait alors la tête tournée, comme si elle eût voulu se débarrasser d’un nombre infini d’Amours qui l’environnaient. L’ouvrier avait peint le dieu dans un grand respect, tandis que les Jeux et les Ris, qu’il avait amenés à sa suite, se moquaient de lui en cachette, et se faisaient signe du doigt que leur maître était attrapé. Les bordures de cette tapisserie étaient toutes pleines d’enfants qui se jouaient avec des massues, des foudres et des tridents, et l’on voyait en beaucoup d’endroits pendre pour trophées force bracelets et autres ornements de femmes. Parmi cette diversité d’objets, rien ne plut tant à la belle que de rencontrer partout son portrait, ou bien sa statue, ou quelque autre ouvrage de cette nature. Il semblait que ce palais fût un temple, et Psyché la déesse à qui il était consacré. Mais de peur que le même objet se présentant si souvent à elle ne lui devînt ennuyeux, les fées l’avaient diversifié, comme vous savez que leur imagination est féconde. Dans une chambre, elle était représentée en amazone ; dans une autre, en Nymphe, en bergère, en chasseresse, en grecque, en persane, en mille façons différentes et si agréables que cette belle eut la curiosité de les éprouver, un jour l’une, un autre jour l’autre, plus par divertissement et par jeu que pour en tirer aucun avantage, sa beauté se soutenant assez d’elle-même. Cela se passait toujours avec beaucoup de satisfaction de sa part, force louanges de la part des Nymphes, un plaisir extrême de la part du monstre, c’est-à-dire de son époux, qui avait mille moyens de la contempler sans qu’il se montrât. Psyché se fit donc impératrice, simple bergère, ce qu’il lui plut. Ce ne fut pas sans que les Nymphes lui dissent qu’elle était belle en toutes sortes d’habits, et sans qu’elle-même se le dît aussi. ” Ah ! si mon mari me voyait parée de la sorte ! ” s’écriait-elle souvent étant seule. En ce moment-là son mari la voyait peut-être de quelque endroit d’où il ne pouvait être vu; et, outre le plaisir de la voir, il avait celui d’apprendre ses plus secrètes pensées, et de lui entendre faire un souhait où l’amour avait pour le moins autant de part que la bonne opinion de soi-même. Enfin, il ne se passa presque point de jour que Psyché ne changeât d’ajustement.” Changer d’ajustement tous les jours ! s’écria Acante; je ne voudrais point d’autre paradis pour nos dames. ” On avoua qu’il avait raison, et il n’y en eut pas un dans la compagnie qui ne souhaitât un pareil bonheur à quelque femme de sa connaissance. Cette réflexion étant faite, Polyphile reprit ainsi :

Notre héroïne passa presque tout ce premier jour à voir le logis ; sur le soir, elle s’alla promener dans les cours et dans les jardins, d’où elle considéra quelque temps les diverses faces de l’édifice, sa majesté, ses enrichissements et ses grâces, la proportion, le bel ordre, et la correspondance de ses parties. Je vous en ferais la description si j’étais plus savant dans l’architecture que je ne suis. A ce défaut, vous aurez recours au palais d’Apollidon, ou bien à celui d’Armide ; ce m’est tout un. Quant aux jardins, voyez ceux de Falerine : ils vous pourront donner quelque idée des lieux que j’ai à décrire.

Assemblez, sans aller si loin,
Vaux, Liancourt, et leurs naïades,
Y joignant, en cas de besoin,
Ruel avecque ses cascades.
Cela fait, de tous les côtés
Placez en ces lieux enchantés
Force jets affrontant la nue,
Des canaux à perte de vue.
Bordez-les d’orangers, de myrtes, de jasmins,
Qui soient aussi géants que les nôtres sont nains.
Entassez-en des pépinières ;
Plantez-en des forêts entières,
Des forêts où chante en tout temps
Philomèle, honneur des bocages,
De qui le règne, en nos ombrages,
Naît et meurt avec le printemps.
Mêlez-y les sons éclatants
De tout ce que les bois ont d’agréables chantres.
Chassez de ces forêts les sinistres oiseaux ;
Que les fleurs bordent leurs ruisseaux ;
Que l’Amour habite leurs antres.
N’y laissez entrer toutefois
Aucune hôtesse de ces bois
Qu’avec un paisible Zéphire,
Et jamais avec un Satyre :
Point de tels amants dans ces lieux ;
Psyché s’en tiendrait offensée.
Ne les offrez point à ses yeux,
Et moins encore à sa pensée.
Qu’en ce canton délicieux
Flore et Pomone, a qui mieux mieux,
Fassent montre de leurs richesses ;
Et que ce couple de déesses
Y renouvelle ses présents
Quatre fois au moins tous les ans.
Que tout y naisse sans culture ;
Toujours fraîcheur, toujours verdure,
Toujours l’haleine et les soupirs
D’une brigade de Zéphyrs.

Psyché ne se promenait au commencement que dans les jardins, n’osant se fier aux bois, bien qu’on l’assurât qu’elle n’y rencontrerait que des Dryades, et pas un seul Faune. Avec le temps, elle devint plus hardie. Un jour que la beauté d’un ruisseau l’avait attirée, elle se laissa conduire insensiblement aux replis de l’onde. Après bien des tours, elle parvint à sa source. C’était une grotte assez spacieuse, où, dans un bassin taillé par les seules mains de la Nature, coulait le long d’un rocher une eau argentée et qui, par son bruit, invitait à un doux sommeil. Psyché ne se put tenir d’entrer dans la grotte. Comme elle en visitait les recoins, la clarté, qui allait toujours en diminuant, lui faillit enfin tout à coup. Il y avait certainement de quoi avoir peur ; mais elle n’en eut pas le loisir. Une voix qui lui était familière l’assura d’abord : c’était celle de son époux. Il s’approcha d’elle, la fit asseoir sur un siège couvert de mousse, se mit à ses pieds ; et, après lui avoir baisé la main, il lui dit en soupirant : ” Faut-il que je doive à la beauté d’un ruisseau une si agréable rencontre ? Pourquoi n’est-ce pas à l’amour ? Ah ! Psyché, Psyché, je vois bien que cette passion et vos jeunes ans n’ont encore guère de commerce ensemble. Si vous aimiez, vous chercheriez le silence et la solitude avec plus de soin que vous ne les évitez maintenant. Vous chercheriez les antres sauvages, et auriez bientôt appris que de tous les lieux où on sacrifie au dieu des amants, ceux qui lui plaisent le plus ce sont ceux où on peut lui sacrifier en secret : mais vous n’aimez point.

Que voulez-vous que j’aime ? répondit Psyché.

Un mari, dit-il, que vous vous figurerez à votre mode, et à qui vous donnerez telle sorte de beauté qu’il vous plaira.

Oui ; mais, repartit la belle, je ne me rencontrerai peut-être pas avec la Nature ; car il y a bien de la fantaisie en cela. J’ai ouï dire que non seulement chaque nation avait son goût, mais chaque personne aussi. Une Amazone se proposerait un mari dont les grâces feraient trembler, un mari ressemblant à Mars ; moi je m’en proposerai un semblable à l’Amour. Une personne mélancolique ne manquerait pas de donner à ce mari un air sérieux ; moi, qui suis gaie, je lui en donnerai un enjoué. Enfin, je croirai vous faire plaisir en vous attribuant une beauté délicate, et peut-être vous ferai-je tort.

Quoi que c’en soit, dit le mari, vous n’avez pas attendu jusqu’à présent à vous forger une image de votre époux : je vous prie de me dire quelle elle est.

Vous avez dans mon esprit, poursuivit la belle, une mine aussi douce que trompeuse ; tous les traits fins; l’œil riant et fort éveillé; de l’embonpoint et de la jeunesse, on ne saurait se tromper à ces deux points-là : mais je ne sais si vous êtes Éthiopien ou Grec; et quand je me suis fait une idée de vous, la plus belle qu’il m’est possible, votre qualité de monstre vient tout gâter. C’est pourquoi le plus court et le meilleur, selon mon avis, c’est de permettre que je vous voie.

Son mari lui serra la main, et lui dit avec beaucoup de douceur : – C’est une chose qui ne se peut, pour des raisons que je ne saurais même vous dire. – Je ne saurais donc vous aimer , reprit-elle assez brusquement. Elle en eut regret, d’autant plus queue avait dit cela contre sa pensée. Mais quoi ! la faute était faite. En vain elle voulut la réparer par quelques caresses : son mari avait le cœur si serré qu’il fut un temps assez long sans pouvoir parler. Il rompit à la fin son silence par un soupir, que Psyché n’eut pas plus tôt entendu qu’elle y répondit, bien qu’avec quelque sorte de défiance. Les paroles de l’oracle lui revenaient en l’esprit. Le moyen de les accorder avec cette douceur passionnée que son époux lui faisait paraître ? Celui qui empoisonnait, qui brûlait, qui faisait ses jeux des tortures, soupirer pour un simple mot ! Cela semblait tout à fait étrange à notre héroïne ; et, à dire vrai, tant de tendresse en un monstre était une chose assez nouvelle. Des soupirs il en vint aux pleurs, et des pleurs aux plaintes. Tout cela plut extrêmement à la belle ; mais, comme il disait des choses trop pitoyables, elle ne put souffrir qu’il continuât, et lui mit premièrement la main sur la bouche, puis la bouche même ; et par un baiser, bien mieux qu’elle n’aurait fait avec toutes les paroles du monde, elle l’assura que, tout invisible et tout monstre qu’il voulait être, elle ne laissait pas de l’aimer. Ainsi se passa l’aventure de la grotte. Il leur en arriva beaucoup de pareilles.

« Les petits drames de notre fabuliste sont une imitation parfaite de la nature ; son style, plein de grâce, a toute la limpidité d'une pensée naïve et simple; néanmoins, on ne le comprend pas toujours. » Voltaire a dit aussi : « Les Fables de La Fontaine ont besoin de « notes, surtout pour l'instruction des étrangers. » Aimé-Martin

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