Aliboron ?

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Théodore Lorin

ALIBORON, nom ou sobriquet de l’âne.

Arrive un troisième larron
Qui saisit maître aliboron.
Liv.I. fab. 13. Les voleurs et l’âne

âneLe mot Aliboron a donné la torture aux étymologistes. Parmi les nombreuses étymologies qui ont été mises en avant, la plus vraisemblable est, selon moi, celle que propose M. Quitard qui le dérive de ces deux mots : arri-bouron, marche, baudet. Voy. Dict. des Proverbes, p. 33. On pourrait aussi dériver le mot aliboron de l’article arabe al et du substantif Bo’ranqui, dans la même langue, signifie, âne, et en général bête de somme. Al-bo’ran, l’âne, la bête de somme. Brantôme, cap. franc., t. III, p. 456, désigne par le mot aliboron un homme qui se mêle de tout, un factotum; mais j’estime que cette acception n’est qu’une extension du sens primitif. C’est ainsi que le mot bardot, espèce de mulet, signifie au figuré une personne sur laquelle on se décharge, comme sur une bête de somme, de tous les fardeaux dont on est embarrassé : Consultez Ménage, Dict étym. — Mouchet, Gloss. de fane, franc., col. 618, etc.

A. de Closset

Maître Aliboron. Homme ignorant, stupide, ridicule, dit le Dictionnaire de l’Académie. Ce mot se trouve dans un Mystère de la Passion A la vue du Sauveur vêtu du manteau dérisoire, comme un insensé, les satellites Gadifer et Griffon s’écrient :
Gadifer : Sire roi, maitre aliborum
Griffon : Hoè ! ave, rex Judaeorum.
homme_portant_aneIl se rencontre aussi dans Rabelais, à qui probablement notre poêle l’a emprunté : « Quel diable, dit Panurge, veult prétendre ce maître Aliboron ? » Rabelais appelle ainsi un ignorant qui fait le savant. Ce mot Aliboron a exercé la sagacité des commentateurs. M. Guillon le considère comme synonyme de maître fou, comme si l’on disait : ad elleborum, vas à l’ellébore retrouver ta raison. Celte explication vaut celle qui fait dériver alphana d’equus. Suivant l’abbé Huet, ce mot devrait son origine à une anecdole. Un avocat dit un jour dans sa plaidoirie : Nulla ratio est habenda istorum aliborum, voulant faire entendre par là qu’il ne fallait pas tenir compte des alibi invoqués par la partie adverse. Ce génitif audacieux servit par la suite à désigner les avocats de cette force, puis les ignorants en général ; et à ce titre, l’âne ne pouvait manquer de le recevoir. Cette interprétation nous semble assez vraisemblable.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
  •  

On vous recommande : l'Art de lire les fables

C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.