A Monseigneur le Procureur-Général du parlement

A Monseigneur le Procureur-Général du parlement

0 92

en lui dédiant deux volumes


en lui dédiant deux volumes intitulés :
Ouvrages de proses et de poésies des sieurs de Maucroix et de La Fontaine.

1683

Harlay, favori de Thémis,
Agréez ce recueil, œuvre de deux amis ;
L’un a pour protecteur le démon du Parnasse,
L’autre de la tribune étale tous les traits :
Donnez-leur chez vous quelque place,
Qui les distingue pour jamais.
Ils vous présentent leur ouvrage ;
Je me suis chargé de l’hommage ;
Iris m’en a l’ordre prescrit.
Voici ses propres mots, si j’ai bonne mémoire :
“ Acante, le public à vos vers applaudit ;
C’est quelque chose ; mais la gloire
Ne compte pas toujours les voix
Elle les pèse quelquefois.
Ayez celle d’Harlay, lui seul est un théâtre ;
Veuille Phébus et Jupiter
Qu’il trouve en vous un peu de l’air
Des Anciens qu’il idolâtre.
Vous pourrez en passant louer, m’a-t-elle dit,
La finesse de son esprit
Et la sagesse de son âme ;
Mais en passant, je vous le dis. ”
Cette Iris, Harlay, c’est la dame
A qui j’ai deux temples bâtis,
L’un dans mon cœur, l’autre en mon livre.
Puisse le dernier assez vivre
Pour mériter que l’Univers
Dise un jour, en voyant mes vers
“ Cet œuvre est de belle structure.
Qu’en pensait Harlay ? car on sait
Que l’art aidé de la nature
Avait rendu son goût parfait. ”
J’aurais ici lieu de m’étendre ;
Mais que servirait-il ? vous vous armez le cœur
Contre tous les appas d’un propos enchanteur
L’éloge qui pourrait par ses traits vous surprendre
Serait d’un habile orateur.
Cicéron, Platon, Démosthène,
Ornements de Rome et d’Athènes
N’en viendraient pas à bout. Platon, par ses douceurs,
Vous pourrait amuser un moment, je l’avoue ;
C’est le plus grand des amuseurs.
Que Cicéron blâme ou qu’il loue,
C’est le plus disert des parleurs.
L’ennemi de Philippe est semblable au tonnerre
Il frappe, il surprend, il atterre ;
Cet homme et la raison, à mon sens, ne sont qu’un.
Vous avez avec lui ce point-là de commun.
Le privilège est beau, d’autant plus qu’il est rare
Pendant qu’un peuple entier de la raison s’égare,
Cette fille du Ciel ne bouge de chez vous ;
Elle y plaça son temple avec sa sœur Astrée ;
La crainte et le respect ont forgé les verrous
De cette demeure sacrée.
Non qu’on n’y puisse entrer ainsi que chez les dieux
Au moindre des mortels la porte en est ouverte ;
Nos vœux y sont ouïs, notre plainte soufferte ;
L’équité sort toujours contente de ces lieux.
Que si la passion où l’intérêt nous plonge
Fait que quelque client y mène le mensonge,
Le mensonge n’y peut imposer à vos yeux,
De quelque adresse qu’il se pique.
Souffrez ces vérités ; et dans vos soins divers
Quittez un peu la république
Pour notre prose et pour nos vers.

Ce n’est pas assez, Monseigneur, de vous dédier en vers les derniers fruits de nos veilles. Comme il y a un volume sans poésies (et c’est le plus digne de vous être offert), j’ai cru que je vous devais confirmer ses hommages en une langue qui lui convînt. Je vous offre donc encore une fois les traductions de mon ami, et au nom de leur auteur et au mien : car je dispose de ce qui est à lui, comme s’il était à moi-même. Il ne s’agit pas ici seulement des suffrages que vous nous pouvez procurer à l’un et à l’autre, mais de ceux qu’on ne peut refuser sans injustice à des chefs-d’œuvre de l’antiquité. De la façon que le traducteur les a rendus, il vous sera facile d’y remarquer trois différents caractères, tous trois si beaux qu’en tout l’empire de l’éloquence, lequel est d’une si grande étendue, il n’y en a point qu’on leur puisse comparer. Ils méritent également que l’on les admire ; et c’est ce qui me semble de merveilleux, quoiqu’on sache que l’éloquence a trouvé le secret de plaire sous mille formes. Le mot de plaire ne dit pas assez : Platon, Démosthène et Cicéron, vont bien au-delà ; ils enlèveront toujours les esprits, bien que ces grands hommes n’aient pas chez nous les avantages qu’ils avaient en ces heureux siècles où ils ont vécu, et quoique peut-être le goût du nôtre soit différent. De déterminer précisément qui des trois le doit emporter, je ne le crois pas possible ; y a-t-il quelqu’un d’assez hardi pour juger entre eux de la préférence ? Vous protégerez, je n’en doute point, le travail de mon ami, en faveur de ces trois grands noms, et à cause de son mérite particulier. Je vous demande la même grâce pour mes ouvrages. Vous ne nous refuserez pas quelques moments d’application, après que vous aurez rempli vos devoirs pour les intérêts de Sa Majesté et de la Justice. Jamais la dignité que vous exercez n’a été le commun lien de ces deux puissances avec plus d’utilité pour le public, ni plus de sujet de satisfaction pour le prince. Cette matière est si ample, et vous fuyez les éloges avec tant de soin, que je ne m’engagerai point dans le vôtre, et me contenterai de vous assurer que je suis, etc.

De La Fontaine,

– Madame de La Sablière. Elle engagea notre poète a dédier ce volume au procureur-général. qui s’était montré le bienfaiteur de La Fontaine en se chargeant de son fils.
– Le second volume du recueil contenait la traduction des trois Philippiques de Démosthène, une oraison de Cicéron contre Verrès, et des dialogues de Maton.

Walckenaer

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.