A Mme La Surintendante :

SUR LA NAISSANCE DE SON DERNIER FILS* A FONTAINEBLEAU.

0 125

A Mme La Surintendante


Epître sur la naissance de son dernier fils* à Fontainebleau
Cette épître parut pour la première fois dans les Œuvres diverses de 1719, tome I, p. 38.

Vous avez fait des poupons le héros,
Et l’avez fait sur un très bon modèle.
II tient déjà mille menus propos;
Sans se méprendre il rit à la plus belle.
C’est, ce dit-on, la meilleure cervelle
De nourrisson qui soit sous le soleil :
Pour bien téter il n’a pas son pareil;
Il fait en tout son jugement paroître.
Quelqu’un m’a dit qu’il sera du Conseil
(Sans y manquer) du Dauphin qui va naître.

Or vous voilà mère de trois Amours ;
Dieu soit loué! La reine de Cythère
N’en a qu’un seul, qu’elle montre toujours;
Et cet enfant ne va pas sans sa mère :
A se conduire il n’a pas peu d’affaire,
Etant privé de la clarté des cieux .
Mais vos trois fils ont chacun deux beaux yeux,
Deux magasins3 de lumière et de flamme,
Deux vrais soleils dont l’éclat radieux
Eblouira quelque jour plus d’une âme.
De vos aînés d’autres gens ont écrit;
De ce cadet je dirai quelque chose.
C’est un enfant tout sens et tout esprit;
D’un feu de joie au Parnasse il est cause :
A le louer déjà l’on se dispose.
Son nom, chanté par cent auteurs divers,
Sera bientôt le sujet de nos vers,
Et remplira, selon son horoscope ,
Tous les échos qui sont dans l’univers :
Pour un tel nom trop petite est l’Europe.

J’ai de mon dire Apollon pour garant;
Voici de plus ce qu’ajoute Uranie :
« Notre petit doit un jour être grand,
C’est Jupiter qui réglera sa vie;
Il lui promet des biens dignes d’envie,
De hauts emplois, des honneurs à foison ;
Et cet enfant est né dans sa maison1,
Ce qui présage une grandeur suprême. »
Vous voyez bien que la Muse a raison;
Car Jupiter et Louis, c’est le même.

Dans l’horoscope il est encor parlé
Des qualités nobles, grandes, et belles,
Par qui sera cet enfant signalé ,
Et dont il a déjà des étincelles :
Je crois qu’en lui la raison a des ailes.
Comme son père il aimera l’honneur;
Il logera quelque jour dans son cœur
De rares dons une troupe infinie :
Ce me seroit un insigne bonheur
Si je logeois en telle compagnie.

* Louis, marquis de Belle-Isle, baron de Villars, seigneur de Pomai, troisième fils du surintendant; il fut d’abord chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; ayant quitté la croix, il épousa Catherine-Agnès de Lévis, dont il eut quatre enfants, et mourut à Paris, dans sa soixante-dix-huitième année, le 26 août 1738.

Au travers de toute sa vie, La Fontaine, malgré sa nature joyeuse, épicurienne, sans ostentation cependant, a gardé un arrière-fonds de mélancolie… » Paul Nayrac

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.