A M. de Bonrepeaux

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A M. de Bonrepeaux


28 janvier 1687

Le roi est parfaitement guéri. Vous ne sauriez vous imaginer combien ses sujets en ont témoigné de joie.
Ils offriraient leurs jours pour prolonger les siens ; Ils font de sa santé le plus cher de leurs biens. Les preuves qu’à l’envi chaque jour ils en donnent, Les vœux et les concerts dont leurs temples résonnent,

Forcent le ciel de l’accorder.
On peut jugera cette marque,
Par la crainte qu’ils ont de perdre un tel monarque,
Du bonheur de le posséder.
De quelle sorte de mérite
N’est-il pas aussi revêtu ?
Sa principale favorite
Mus que jamais est la vertu.
Autrefois il a combattu
Pour la grandeur et pour la gloire ;
Maintenant d’une autre victoire
Son cœur devient ambitieux.
Les vaines passions chez lui sont étouffées.
L’histoire a peu de rois, la fable point de dieux
Qui se vantent de ces trophées.
Il pourrait se donner tout entier au repos :
Quelqu’un trouverait-il étrange
Que, digne en cent façons du titre de héros,
Il en voulût goûter à loisir la louange ?
Les deux mondes sont pleins de ses actes guerriers :
Cependant il poursuit encor d’autres lauriers :
Il veut vaincre l’erreur ; cet ouvrage s’avance ;
Il est fait : et le fruit de ces succès divers
Est que la vérité règne en toute la France *,
Et la France en tout l’univers.
Non content que sous lui la valeur se signale.
Il met la piété sur le trône à son tour ;
Ses soins la font régner, ainsi que sa rivale.
Au milieu même de la cour.
C’est pour lui plaire aussi qu’Astrée est de retour.
Ces trois divinités font fleurir son empire ;
ll a su les unir pour le bien des humains.
C’est proprement de lui qu’on a sujet de dire
Que le sage a tout en ses mains.
Vient-il pas d’attirer, et par divers chemins,
La dureté du cœur, et l’erreur envieillie,
Monstre dont les projets se sont évanouis ?
On voit l’œuvre d’un siècle en un mois accomplie,
Par la sagesse de Louis.
Mais je crains de passer le but de mon ouvrage :
Il faut plus de loisir pour louer ce héros ;
Une muse modeste et sage
Ne touche qu’en tremblant à des sujets si hauts.
Je me tais donc, et rentre au fond de mes retraites :
J’y trouve des douceurs secrètes.
La fortune, il est vrai, m’oubliera dans ces lieux ;
Ce n’est point pour mes vers que ses faveurs sont faites ;
Il ne m’appartient pas d’importuner les dieux.

De La Fontaine,

 

* L’édit de Nantes, rendu par Henri IV en faveur des protestants, avait été révoque par un autre édit en date du 22 octobre 1685. Depuis cette époque, et surtout en 1686 , on employa les promesses et les menaces, la séduction et la violence, pour multiplier les conversions ; on répandait l’argent, et on envoyait des troupes. Bonrepaux, dans les instructions qui lui furent données en date du 20 décembre 1685, avoit sur-tout la mission de convertir les hérétiques. Il eut le bon esprit de s’attacher aux ouvriers des manufactures. Il enleva par ce moyen un grand nombre d’ouvriers anglais, qui vinrent s’établir en France, et y apportèrent le secret de la fabrication du papier. C’est à cette émigration que remonte rétablissement des plus belles papeteries de France. Voyez Mazure, Histoire de la révolution de 1688 en Angleterre, t. III, p. 3o3.
– On avait fait au roi l’opération de la fistule le 18 novembre 1686, et le 27 janvier 1687 il s’était rendu à Notre-Dame pour rendre grâce à Dieu de sa guéri son. On fit alors de grandes fêtes et de grandes réjouissances dans Paris.
– Imprimée pour la première fois séparément par l’auteur, avec l’épître à monseigneur l’évêque de Soissons, in-4° de sept pages, avec approbation en date du 5 février 1687, p. 5-7. Dans cette édition originale, cette lettre commence par deux lignes de points, que l’auteur a mises à dessein pour indiquer qu’il ne publiait qu’un fragment ; les éditeurs subséquents ont eu tort de les supprimer.
– François d’Usson, seigneur de Bonrepaux, le second des fils d’Usson II, seigneur de Bonrepaux et de Bonac, et de Bernardine de Faure. Il commença sa carrière comme sous-lieutenant de marine en 1676, et devint successivement intendant-général de la marine, chef d’escadre, lecteur de la chambre du roi, lieutenant-général, envoyé plénipotentiaire en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, ambassadeur en Danemark, chevalier d’honneur, et conseiller du conseil de la marine. Il mourut le 12 août 1719 sans avoir été marié. Il existe un grand nombre de ses dépêches aux archives des affaires étrangères. Il signait Dusson de Bonrepaus. Voyez le Dictionnaire de la noblesse, seconde édition, in-4, t. XII.

Walckenaer

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