31 MARS 1668

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– 31 MARS 1668 –

Quel événement d’importance peut bien se cacher derrière cette date, date qui ne semble pas avoir été retenue par la mémoire nationale ? Elle est si lointaine, si inconnue, si indifférente qu’il serait étrange de la citer, si ce n’est dans un « trivial pursuit », où elle apparaîtrait comme une gageure, un mystère. Oui, en effet, que pouvait-il bien s’être passé le 31 Mars 1668 ? La fin d’une des éternelles guerres en Europe, le commencement d’une nouvelle, la mort du Roi, un cataclysme, une Jacquerie, une famine, la peste… Non, non, rien de tout cela ! Et cependant, cette date marque la naissance d’un chef-d’œuvre unique dans la littérature française, qui plus est un chef d’œuvre de la poésie française devenu universel. En effet, son auteur est connu sous tous les continents et 350 ans plus tard, dans les écoles, les enfants apprennent leurs premières récitations à partir de ses fables les plus fameuses. Cette fois, vous avez deviné, le mot fable s’accole si bien à leur auteur qu’il ne peut que s’agir de Jean de La Fontaine qui, ce 31 Mars 1668, fit publier ses premiers livres de fables.
Succès immédiat qui ne s’est jamais démenti depuis. Il suffit de voir les innombrables éditions au cours des trois siècles suivants, stimulant le talent des illustrateurs jusqu’à nos jours.
Le style est unique, novateur, il bouleverse les codes de la poésie, permettant une fluidité du texte, la chaleur et l’originalité des dialogues, les ruptures, les formulations surprenantes qui mettent en lumière la magie des mots et leur étonnante résonance poétique.
Tout le monde sait réciter au moins une ou deux fables de La Fontaine. Ce que l’on a par contre oublié, bien qu’elles soient souvent utilisées dans le langage courant, ce sont ses formules si bien ciselées que l’on trouve soit dans l’énoncé des morales, soit dans le texte lui-même. En fait, elles n’ont pas été oubliées, mais c’est l’auteur qu’on a oublié en les faisant nôtres ! Aussi, me semble-t-il intéressant, à l’occasion de ce 350ème anniversaire de la première édition des fables de Jean de La Fontaine, de faire un bouquet de ces formulations fameuses, uniques, étonnantes, jubilatoires, passées à la postérité.
Enfin, s’il en était besoin, par ce choix aléatoire et non exhaustif, ne précisant pas les fables concernées, j’émets le souhait qu’il incite le lecteur à rechercher la fable où se situe la citation ou tout simplement à se plonger dans la lecture des fables pour y retrouver toute leur saveur. Madame de Sévigné n’écrivait-elle pas dans une de ses lettres : « Les fables de La Fontaine sont un panier de cerises. On veut choisir les plus belles, et le panier reste vide. »

Portrait de Jean de La Fontaine
Portrait de Jean de La Fontaine

Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,
Serrant la queue et portant bas l’oreille.

A l’œuvre on connaît l’artisan.

Ne faut-il que délibérer,
La cour en conseiller foisonne,
Est-il besoin d’exécuter,
L’on ne rencontre plus personne.

Je plie et ne romps pas

Hélas ! On voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.

Capitaine renard allait de compagnie
Avec son ami bouc des plus haut encornés :
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez :
L’autre était passé maître en fait de tromperie.

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

Il était expérimenté,
Et savait que la méfiance
Est mère de la sûreté.

Amour, Amour, quand tu nous tiens
On peut bien dire « Adieu prudence »

Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce :
Jamais un lourdaud, quoiqu’il fasse,
Ne saurait passer pour un galant.

Il n’est, je le vois bien, si poltron sur terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.

C’est double plaisir de tromper le trompeur.

Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.

On se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain.

La raison du plus fort est toujours la meilleure.

Plutôt souffrir que mourir,
C’est la devise des hommes.

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris :
Attendez-vous à la pareille.

Va-t’en chétif insecte, excrément de la terre !

Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense.
Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.

Toute sa personne velue
Représentait un ours, mais un ours mal léché.

Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point.

Chacun se dit ami, mais fol qui s’y repose :
Rien n’est plus commun que ce nom,
Rien n’est plus rare que la chose.

Deux sûretés valent mieux qu’une.

Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.

Il ne faut jamais
Vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ai mis à terre.

Un mort s’en allait tristement
S’emparer de son dernier gîte :
Un Curé s’en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.

Deux coqs vivaient en paix : une poule survint,
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie.

Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre.

Vous chantiez ? J’en suis fort aise :
Eh bien ! dansez maintenant.

Ventre affamé n’a point d’oreille.

S’il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
A qui pourrait-on pardonner ?

Il ne faut point juger les gens sur l’apparence.

Un octogénaire plantait ?
Passe encore bâtir, mais planter à cet âge !

Tous chemins vont à Rome.
Le trop d’attention qu’on a pour le danger
Fait le plus souvent qu’on y tombe.

Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille,
Veut-on que j’aille droit quand on y va tortu ?

La jeunesse se flatte et croit tout obtenir :
La vieillesse est impitoyable.

Que sert-il qu’on se contrefasse ?
Prétendre ainsi changer est une illusion :
L’on reprend sa première trace
A la première occasion.

Le symbole des ingrats
Ce n’est point le serpent, c’est l’homme.

L’homme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour les mensonges.

Adieu veau, vache, cochon, couvée.

Les ruines d’une maison
Se peuvent réparer : que n’est cet avantage
Pour les ruines d’un visage ?

Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Aide-toi, le Ciel t’aidera.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

On hasarde de perdre en voulant trop gagner.

Garde-toi de juger les gens sur la mine.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

L’avarice perd tout en voulant tout gagner.
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras.

Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami,
Mieux vaudrait un sage ennemi.

Légère et court vêtue, elle allait à grands pas,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple et souliers plats.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
Le héron au long bec emmanché d’un long cou.

Il ne se faut jamais moquer des misérables,
Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ?

Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras.

Travaillez, prenez de la peine,
C’est le fonds qui manque le moins.

Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent,
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant.

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.

Dans Le pouvoir des Fables, Jean de La Fontaine écrit :

Si Peau d’âne m’était conté,
J’y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on, je le crois ; cependant
Il le faut amuser encore comme un enfant.

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On vous recommande : l'Art de lire les fables

C’est à l’usage de ceux qui lisent mal les Fables de La Fontaine, et de ceux qui es lisent trop bien, que nous publions ces essais de lecture à haute voix ou de récitation. La méthode, s’il est permis de donner ce nom ‘à une nouvelle disposition typographique, est simple et d’une application facile. Elle consiste seulement à suivre, en lisant, les indications suivantes qui ont rapport à la ponctuation, au trait —, au double trait =, à l’alinéa et aux mots italiques. La ponctuation simple — représente une pause variable...

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