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Mme de la Sablière

Mme de la Sablière

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Mme de la Sablière et La Fontaine


Avant ses Fables, il était   déjà connu et célèbre. Aussi, en 1667, avait-il obtenu chez Mme Henriette, duchesse d’Orléans, une charge de gentilhomme. C’était pour lui une véritable sinécure. En 1671, à la mort de cette princesse, il se retira chez Mme de la Sablière.
Mme de la Sablière l’a gardé tant qu’elle a vécu, elle lui a épargné pendant vingt ans tous les tracas de l’existence ; elle pourvoyait, dit d’Olivet, à tous ses besoins, persuadée qu’il n’était guère capable d’y pourvoir lui-même. La Fontaine devint une partie inséparable de sa famille. « J’ai renvoyé tout mon monde, disait-elle un jour ; je n’ai gardé que mon chien, mon chat et la Fontaine. » Elle avait une telle confiance dans la sincérité de ses discours, qu’elle répétait souvent : « La Fontaine ne ment jamais en prose. »
Mme de la Sablière, mérite d’avoir un rôle dans l’histoire littéraire du dix-septième siècle. « Riche, belle, aimable cl recevant la meilleure société de la cour et de la ville, elle aimait les lettres et les sciences, les connaissait, ne s’en vantail pas, était le contraire de la précieuse et de la femme savante…
Mme de la Sablière, mérite d’avoir un rôle dans l’histoire littéraire du dix-septième siècle. « Riche, belle, aimable cl recevant la meilleure société de la cour et de la ville, elle aimait les lettres et les sciences, les connaissait, ne s’en vantait pas, était le contraire de la précieuse et de la femme savante….

 

« Elle était du monde, de ce monde aimable et brillant qui fut pendant longtemps celui de Louis XIV, quoique ce monde eût dans ses opinions plus de liberté d’esprit que le monde de la cour. Ce monde spirituel et libre devint plus tard la société du Temple, celle des Chaulieu, des Lafare et des Vendôme, qui fut en opposition alors avec la cour régularisée, sinon convertie, par Mme de Maintenon. Tous les amis de Mme de la Sablière n’allaient pas jusqu’à la licence d’opinion du Temple. Plusieurs s’arrêtèrent en roule et revinrent à la religion ; Mme de la Sablière elle-même finit sa vie dans les pratiques de la plus austère piété.

« Il est facile de retrouver, dans les vers que La Fontaine a consacrés à Mme de la Sablière, le ton et l’esprit de son salon. C’est bien là l’ancienne conversation française si renommée et si oubliée….

« Mme de la Sablière, si nous en croyons La Fontaine, avait, au suprême degré, les qualités qui font une maîtresse de salon accomplie. Elle était belle ; elle avait l’art de plaire, mais elle avait aussi celui de n’y penser pas.

« Ce qui montre l’ascendant que Mme de la Sablière avait dans le monde, c’est qu’en 1684 La Fontaine, le jour de sa réception à l’Académie, n’hésita pas à lire le discours en vers qu’il lui avait adressé. Un pareil hommage ne se rend que lorsqu’on est sûr d’avance de l’assentiment du public. Il y a dans ce discours quelques-uns des plus beaux vers de La Fontaine. Sa reconnaissance inspirait bien son génie. Ce discours est en même temps une sorte de confession que La Fontaine fait des torts qui l’avaient longtemps empêché d’entrer à l’Académie, de ses contes, de sa vie un peu désordonnée ; c’est aussi une promesse de ne plus retomber dans ses anciennes fautes ; et à qui mieux faire cette promesse qu’à Mme de la Sablière, déjà revenue à la foi chrétienne, à sa bienfaitrice, à celle qui ajoutait maintenant ses exemples à ses bienfaits ?

« Je pourrais luire bien des réflexions sur les vers que La Fontaine a consacrés à Mme de la Sablière. Je n’en ferai qu’une. Rien dans ses éloges ne sent le parasite et le commensal : tout y sent l’ami ; et la manière dont La Fontaine reçoit les bienfaits de Mme de la Sablière les rehausse, pour ainsi dire. Sa reconnaissance n’a rien d’humble et de subalterne : c’est une affection plutôt qu’un devoir, et c’est le propre de l’affection d’établir l’égalité partout.

« D’ailleurs, il a su, un des premiers, prendre avec les grands seigneurs et les riches le ton d’égalité qui convient aux gens de lettres. On croit volontiers que La Fontaine était une espèce d’ours de génie, qu’il ne cherchait pas le monde et qu’il n’était pas recherché par !e monde : grande erreur! il aimait le monde, et le monde l’aimait. Non qu’il y allât par ambition ou par intérêt, ou par vanité ; non qu’il s’en fît une obligation et une chaîne : c’était pour lui un plaisir, celui que les gens d’esprit et la bonne compagnie se procurent entre eux. Lisez ses lettres et ses épîtres ; voyez-en le ton aimable et familier, quoique s’adressant aux plus grands seigneurs de la cour.

« Les princes et les princesses de la cour le prennent pour leur correspondant quand ils s’absentent, j’allais presque dire pour leur correspondant politique : c’est par lui qu’ils se font tenir au courant des choses de Paris et de la cour. »

(Saint-Marc Girardin)

Image du texte par Pierre Mignard, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=621363

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