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Marius Guinat, éloge de La Fontaine

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Marius Guinat, éloge de La Fontaine


…Et par-dessus tout, en démontrant l’excellence de la morale contenue dans les Fables qui, après avoir charmé ma jeunesse, consolent et réjouissent ma vieillesse, j’ai voulu, comme tant d’autres, honorer le génie de notre grand poète et payer mon tribut de reconnaissance au bon, à l’aimable La Fontaine, qui est devenu pour moi un véritable ami du Monomotapa.
Les amis de ce pays-là
Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.


Permets-moi, cher lecteur, suivant l’antique usage,
Qu’on a tort, selon moi, d’avoir abandonné,
De te dire bonjour à la première page
De ce livre où j’ai mis ce que Dieu m’a donné.

C’est bien peu, je le sais, mais sur ton indulgence
Un vieillard n’a-t-il pas quelque droit de compter ?
Lis-moi donc, et, crois-en ma longue expérience,
Tu n’auras pas sujet de trop le regretter.

Lis-moi donc, je t’en prie, au nom de La Fontaine,
Que j’ai mis tous mes soins à te représenter
Tel qu’il est, tel qu’il fut, et non pas tel que Taine,
Lamartine et Rousseau te l’ont voulu montrer.

Taine exalte ses vers et flétrit sa morale,
Qu’il trouve trop gauloise et digne d’un flatteur ;
Lamartine se voile en criant au scandale ;
Rousseau ne voit en lui qu’un dangereux conteur.

Je soutiens qu’on lui fait une injuste querelle,
Que La Fontaine fut aussi sage que bon ;
Que si ses vers sont beaux, la morale en est belle :
C’est à toi de juger si j’ai tort ou raison.

Lis-moi donc, je t’en prie, et plutôt deux fois qu’une,
Car mon livre, après tout, est plus gai qu’un serment
J’entendrai, s’il le faut, ton arrêt sans rancune ;
Mais pense, en le rendant, au grand roi Salomon.

Taine sépare en deux la morale et la fable ;
La Fontaine s’indigne et dit : « C’est mon enfant ! »
Me le couper en deux ; ce serait lamentable. »
Prononce sur ce point, lecteur, ton jugement.

Rends-le, je t’en supplie, avec ta conscience,
Sans te trop arrêter à ce qu’a dit l’auteur :
C’est un pauvre avocat, il n’a pour éloquence
Qu’un grain de gros bon sens, qui lui vient de son cœur.

loup-agneauJe sais que mes rimes ne sont pas toutes de bonne qualité, comme le veut la poétique moderne, mais je pense à cet égard comme La Fontaine, Voltaire et Musset.

Gloire aux auteurs nouveaux qui veulent à la rime
Une lettre de plus qu’il n’en fallait jadis !
Bravo ! C’est un bon clou de plus à la pensée.
La vieille liberté par Voltaire laissée
Etait bonne autrefois pour les petits esprits.

ALFRED DE MUSSET. Dédicace du Spectacle dans un fauteuil.

La morale des fables de La Fontaine et le temps présent : souvenirs, impressions et réflexions d’un vieux fonctionnaire – Marius Guinat – Paris, Alphonse Lemerre, éditeur – 1886

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