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Les fables de La Fontaine par Walckenaer

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Essai sur la fable par Walckenaer


Un des livres qui, suivant nous, a exercé la plus heureuse influence sur notre fabuliste, c’est la traduction, tout incomplète qu’elle était, des fables de Pilpay par David Sahid ou Gaulmin. C’est dans cette fiction du livre de Calila, dans la peinture des intrigues de ce perfide chakal à la cour du non, que La Fontaine a puisé l’idée d’établir parmi les animaux, acteurs dans ses fables, et des dignités et des rangs auxquels il ne déroge jamais ; de conserver à chacun d’eux son caractère ; de leur donner des noms qui retracent leurs habitudes et les fassent aussitôt reconnaitre.

C’est ainsi que chez lui le lion est toujours traité de majesté, qu’il a son Louvre, ses pairs, ses officiers. Le léopard est un sultan ; l’ours, un seigneur ; le cheval, don coursier. Maître renard garde toujours son naturel flatteur et rusé, et Jean lapin sa bonhomie. Le chat est Raminagrobis, ou Grippeminaud le bon apôtre ; et quand il siège comme juge, c’est l’archiduc des chats fourrés. Le rat se nomme Rodillard, ronge-lard ; et, s’il faut en introduire un second, ce sera Rodillard II. Si on fait courir des chiens de chasse, leurs noms seuls nous indiqueront les différences qui existent entre eux : Miraut nous teindra le naturel éveillé et attentif de l’un, et Briffaut la voracité de l’autre. C’est par cet heureux artifice, inconnu avant lui, que La Fontaine a su donner une sorte d’unité et d’intérêt commun qui, comme il le dit lui-même, fait de son ouvrage
Une ample comédie à cent actes divers.»
la-fontaine-et-animaux--e-lambertDans le recueil des fables d’Ésope, chaque fable forme un tout isolé, n’emprunte rien des autres fables, n’y ajoute rien, n’a de rapport avec le reste du recueil que par son but moral. Dans le livre de Bidpaï, au contraire, les récits s’entremêlent les uns dans les autres, suspendent trop longtemps l’intérêt, et entrainement souvent des longueurs qui détournent et quelque-fois fatiguent les lecteurs. Dans l’ouvrage de La Fontaine, les fables sont isolées comme dans Ésope : elles ont d’abord chacune un intérêt propre et distinct de toutes les autres; puis elles ont encore un intérêt commun à tout le recueil, qui tient au désir que l’on a de voir se développer, sous différents aspects, et dans des circonstances différentes, les personnages que l’auteur nous peint dans ses vers, et d’achever de faire connaissance avec le monde dans lequel il nous introduit, avec lequel il nous fait vivre et converser. Ainsi La Fontaine nous paraît, dans son recueil, avoir réuni tous les avantages, et évité les inconvénients qu’on remarque dans ces deux grands prototypes de tous les fabulistes, le livre d’Ésope, et celui de Bidpaï.

Essai sur la fable et sur les fabulistes avant La Fontaine
Charles-Athanase Walckenaer, Lefèvre, 1822

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