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Le prince de Conti

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Histoire chronologique de la vie et des œuvres de La Fontaine :


1654 – 165816591660166116631664 – 1665166716691671167316741680 – 1681 – 1682 168416851686 – 16871688 16891691 1692 – 1693

1689. — Nous mettons sous l’année 1689 le Songe à madame la princesse de Conti, fille du roi Louis XIV, parce qu’il y est parlé de la révolution d’Angleterre, qui arriva sur la fin de 1688. Ce songe est du carnaval de 1689. Il l’a fait en deux façons, et nous les donnerons toutes deux. Sa muse rajeunissoit tous les jours, car une muse septuagénaire peut-elle dire :

Conti me parut lors mille fois plus légère
Que ne dansent au bois la nymphe ou la bergère.
L’herbe l’auroit portée; une fleur n’auroit pas
Reçu l’empreinte de ses pas.
Elle sembloit raser les airs à la manière
Que les dieux marchent dans Homère.

Mais il ne faut point être surpris que la déesse des grâces ait inspiré des grâces, et que cette grande et belle princesse ait fait rêver divinement.
Après ce songe délicieux, vient l’épitre à M. de Vendôme : Prince vaillant, humain et sage, où il y a des traits assez hardis, qui ont passé dans L’édition des Œuvres posthumes à Paris, et que Bayle, qui ne dédaignoit pas les ornements agréables, n’a pas oubliée en son lieu. Le poète pensionnaire du prince lui demande de l’argent et dit :

Le reste ira ne vous déplaise
En……….et cœtera.

Ces points sont remplis dans le manuscrit4 par ces mots : en bas-reliefs et cœtera. Et c’est encore un reste de son goût pour les bas-reliefs.
Vient encore une autre épître à M. le prince de Conti, du 18 août 1689 , pleine de toute sorte de nouvelles; il y en a de l’Italie, de l’Angleterre, du siège de Londonderry en Irlande, et on y peut bien remarquer ce sixain, qui dit tout en peu de mots, et qui vaut tel poème en six chants :

Dieu me garde de feu et d’eau ;
De mauvais vin dans un cadeau ;
D’avoir rencontres importunes ;
De liseur de vers sans répit ;
De maîtresse ayant trop d’esprit ;
Et de la Chambre des Communes.

Enfin, encore une autre lettre de nouvelles à M. le prince de Conti ; La Fontaine lui écrivoit à l’armée tout ce qui se passoit à Paris. D’abord, c’est M. de Harlay nommé premier président:

Il en est digne, et j’ose dire
Que Thémis, en tout son empire,
Trouveroit à peine aujourd’hui
Un oracle approchant de lui.

C’est M. de Pontchartrain fait contrôleur général des finances:

Si jamais j’ai des ordonnances,
Ce qui n’est pas près d’arriver,
Il saura du moins me sauver
Le chagrin d’une longue attente ;
Il lira d’abord ma patente.
Homme n’est plus expéditif,
Mieux instruit, ni plus inventif.

Cet homme, si distrait en apparence, connoissoit tous les talents et le mérite des grands hommes. Il parle de même de M. de Seignelay fait ministre :

On le voit sur-le-champ écrire
Touchant des points très-importants,
Mieux que moi, Seigneur, c’est peu dire:
Mieux qu’aucun écrivain du temps.

L’éloge qu’il fait du nouveau pape Alexandre VIII est grand et magnifique ; il espère qu’il travaillera à la paix :

L’Olympe interpose au traité
La première tête du monde,
En bon sens comme en dignité.

Il invoque la paix, il l’appelle fille du ciel et d’Alexandre, et c’est un poète de soixante et dix ans, en qui le génie se renouvelle à mesure qu’il périt dans les autres hommes !

“Le prince de Conti – Jean de La Fontaine”

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