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La Cigale et la Fourmi analysée par l’Abbé Guillon

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La Cigale et la Fourmi analysée par l’Abbé Guillon


(1) Bise, vent de nord, qui annonce le froid de l’hiver. Clément Marot avait dit:
D’autre costé j’oy (j’entends) la bise arriver, qui en soufflant me prononce l’hiver.
(Eglog. au Roi, C.I pag. 32).
(2) Quelque grain au singulier. La Cigale n’en demande point une grande quantité ; il ne lui en faut pas plusieurs. _Encore, si c’était un don ! mais non : ce n’est rien qu’un simple prêt qu’on ne refuserait pas à une étrangère, à plus forte raison à sa voisine. Aura-t-elle le courage de la laisser mourir de faim ?
(3) Avant l’oust, avant la moisson qui se fait au mois d’août.
(4) Intérêt et principal. Voilà donc un bénéfice certain.Ce grain, inutile dans les magasins de la fourmi, va lui produire intérêt; résistera- t-elle à son propre avantage?
(5) La Fourmi n’est pas prêteuse : C’est-là son moindre défaut.

La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau*.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut*.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

Quels sont les autres ? peut-être d’être carnassière, d’être armée d’un aiguillon très-piquant, qui la rend souvent incommode au voyageur.
(6) Emprunteuse. Terme de mépris, qui prépare au dénouement.
(7) A tout venant , comme on dit, à tout propos, sans règle et sans raison, à l’oreille du premier-venu.
(8) Vous chantiez ? j’en suis fort aise, et à cette réponse de la Fourmi a essuyé des critiques, qui retombent sur les inventeurs du sujet et non sur notre poète. Le simple refus d’une aumône légère fait à un animal mourant de faim, était déjà bien dur:la plaisanterie qui l’accompagne est cruelle. Le malheureux devient un être sacré, eût-il mérité sa disgrâce. On peut répondre que l’expression badine de la Cigale demandant la charité, provoque la réponse insultante de la Fourmi ; que le fabuliste n’a prétendu donner qu’une leçon de prévoyance et non d’humanité;qu’enfin cette leçon eut été manquée, si la bienfaisance de la Fourmi eût détourné le châtiment du à l’imprévoyance de la Cigale, à qui d’ailleurs la futilité de son talent donne peu de droits à l’intérêt.

Champfort regarde cette fable comme une des plus faibles de La Fontaine ; oui, peut-être, en la comparant avec les chefs-d’œuvre qui suivent ; mais aussi qu’on la rapproche des apologues qui avoient précédé.

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