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Hommage de Sainte-Beuve à La Fontaine

Hommage de Sainte-Beuve à La Fontaine

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Hommage de Sainte-Beuve à La Fontaine :


« Lorsque le second recueil parut, contenant cinq livres, depuis le sixième jusqu’au onzième inclusivement, les contemporains se récrièrent, comme ils font toujours, et le mirent fort au-dessous du premier. C’est pourtant dans ce recueil que se trouve au complet la fable, telle que l’a inventée La Fontaine. Il avait fini évidemment par y voir surtout un cadre commode à pensées, à sentiments, à causerie; le petit drame qui en fait le fond n’y est plus toujours l’essentiel comme auparavant; la moralité de quatrain y vient au bout par un reste d’habitude; mais la fable, plus libre en son cours, tourne et dérive, tantôt à l’élégie et à l’idylle, tantôt à l’épître et au conte : c’est une anecdote, une conversation, une lecture, élevées à la poésie, un mélange d’aveux charmants, de douce philosophie, de plainte rêveuse. La Fontaine est notre seul grand poète personnel et rêveur avant André Chénier. Il se met volontiers dans ses vers, et nous entretient de lui, de son âme, de ses caprices, de ses faiblesses. Son accent respire d’ordinaire la malice, la gaîté; mais souvent aussi il a des tons qui viennent du cœur, et une tendresse mélancolique qui le rapproche des poètes de notre âge. Ceux du seizième siècle avaient bien eu déjà quelque avant-gout de rêverie; mais elle manquait chez eux d’inspiration individuelle, et ressemblait trop à un lieu commun uniforme, d’après Pétrarque et Bembo. Ami de la retraite, de la solitude, et peintre des champs, La Fontaine a encore sur ses devanciers du seizième siècle l’avantage d’avoir donné à ses tableaux des couleurs fidèles qui sentent, pour ainsi dire, le pays et le terroir. Ces plaines immenses de blé où se promène de grand matin le maître, et où l’alouette cache son nid; ces bruyères et ces buissons où fourmille tout un petit monde; ces jolies garennes, dont les hôtes étourdis font la cour à l’aurore dans la rosée, et parfument de thym leur banquet, c’est la Beauce, la Sologne, la Champagne, la Picardie; j’en reconnais les fermes avec leurs mares, avec les basses-cours et les colombiers; La Fontaine avait bien observé ces pays, sinon en maître des eaux et forêts, du moins en poète; il y était né, il y avait vécu longtemps, et môme après qu’il se fut fixé dans la capitale, il retournait chaque année, vers l’automne, à Château-Thierry. »(Sainte-Beuve)

 

Charles-Augustin Sainte-Beuve est un critique littéraire et écrivain, né le 23 décembre 1804 à Boulogne-sur-Mer et mort le 13 octobre 1869 à Paris.

Par Bertall — http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Sainte_beuve.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=816368

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