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Gustave Doré par Jules Claretie

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Gustave Doré par Jules Claretie


1865.

Doré (Paul-Gustave), peintre et dessinateur, né à Strasbourg, en janvier 1832. Il a exposé depuis 1848 gustave-doreun grand nombre de dessins et plusieurs toiles. On lui doit l’illustration des Œuvres de Rabelais (1854, et reprise en 1872); de la Légende du Juif Errant; des Contes drolatiques de Balzac (1856); des Contes de Perrault (1861); des Essais de Montaigne (1857) ; du Voyage aux Pyrénées de M. Taine (1859); de la Divine comédie de Dante (1861); de Don Quichotte (1863); de la Bible (1865-1866) ; des Fables de La Fontaine (1867); des Poèmes de Tennyson : Elaine, Viviane (1866-1868), etc. Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur le 15 août 1861.


Il est né à Strasbourg. Je l’aurais cru Parisien. Il à la fougue, la verve, l’audace, le brio de l’enfant de Paris. Il peint, il dessine, il cause, il va, vient, s’ar­rête, court d’un tableau à l’autre, rit et gamine, puis discute, et d’un bond passe du lazzi à l’esthétique, — tout à l’heure Gavroche, maintenant Camille Desmou­lins. Gustave Doré est bien jeune, et cependant voilà tantôt quinze ans qu’il a conquis électriquement la répu­tation. Il possédait d’ailleurs tout ce qu’il faut pour réussir : la gaieté, l’entrain, le feu sacré, puis aussi — faut-il le dire ? — le visage avenant ; car il est des figures heureuses. Vous pouvez bien creuser votre sil­lon, suer et haleter, mon pauvre homme, si vous ne portez pas au front certain signe que déchiffre en sou­riant la Fortune, hélas ! vous pousserez la charrue toute votre vie, et ces joyeux élus que vous voyez là-bas moissonneront le blé — en riant.

Doré est petit, mince, vif, élégant. Comptez, si c’est possible, ses dessins, ses tableaux, ses esquisses, addi­tionnez le tout, et, en vérité, devant ce total prodi­gieux ne croyez-vous pas que l’auteur de tant de pochades, de fantaisies, de paysages, de batailles, est un colosse fait tout exprès pour travailler jour et nuit ? Pas du tout. Regardez, il est délicat, presque fluet. Mais il y a tant d’activité dans son œil pétillant, tant d’humour dans ses lèvres ? dont l’inférieure qui avance un peu, semble narguer ; cette chevelure est si riche et soyeuse, qu’on devine aussitôt un tempérament hardi, plein de sève et de verve, prime-sautier, facile dans l’improvisation, et — car si l’œil brille, il se re­cueille aussi — composé à la fois de la pétulance mé­ridionale et de la rêveuse mélancolie du Nord.

La Laitière et le pot de lait, par Doré
La Laitière et le pot de lait, par Doré

A beaucoup d’esprit — d’esprit de saillie — Doré allie une certaine grâce allemande qu’il a puisée sans doute dans ses souvenirs d’enfance, à l’ombre de cette immense cathédrale de Strasbourg qui lance au ciel sa flèche chargée de guivres et de gnomes. Ce côté rê­veur et un peu mystérieux me séduit surtout dans les dessins de Doré. La légende du Juif errant, le Dante, contiennent en ce sens des chefs-d’œuvre véritables. Doré a illustré Don Quichotte, la Bible. Il songe à illus­trer Shakspeare, Ossian— puis encore ? — les Mille et une Nuits, les Niebelungen. Son ardeur est effrénée ; il embrasse tout, ne doute de rien ; le sang de ce jeune homme à coup sûr bouillonne et fume, sa tête tra­vaille, prête à éclater. Entrez dans son vaste atelier. Quoi ! tant de toiles à la fois, tant de dessins ! Ici, une bataille immense, furieuse, je ne sais quelle débauche de carnage ; là, des scènes espagnoles, plus loin un paysage ; à droite, des études encore, à gauche — des fantaisies au crayon ou à la brosse dignes des caprichos de Goya — un fouillis de travaux esquissés, inter­rompus, puis aussi des œuvres terminées, œuvres de patience ou d’inspiration. Cependant vous cherchez le peintre.

Le peintre, le voici. Il s’assied à vos côtés, cause et du vaudeville delà veille et du bon mot de la matinée, des bruits de Paris, de tout et d’autre chose encore. Il parle peu de ses dessins — beaucoup plus de ses ta­bleaux — mais surtout de ses voyages, et trousse le paradoxe avec plaisir. Mais comment travaille-t-il ? — — Qui le sait ? Sa facilité est prodigieuse, sa main court fiévreusement sur le bois ou la toile. Puis il n’étudie guère, il crée. Son œil sans doute a la faculté d’évo­quer les images du passé, les savanes inconnues, les fantastiques régions. Alors les rêves de l’artiste pren­nent corps et deviennent des réalités saisissantes. En ces dessins, la lumière se joue, ardente, et la couleur y éclate comme dans une eau-forte de Rembrandt-Doré a des amis qui affirment que, depuis Callot, nul ne s’est affirmé avec un aussi riche tempérament de dessinateur. Je voudrais — pour lui faire plaisir — louer ses tableaux sans restriction. Mais si le dessina­teur a trouvé, le peintre cherche encore, et peut-être cherchera-t-il longtemps1!

Jules Claretie

Arsène Arnaud Clarétie, dit Jules Claretie ou Jules Clarétie, né le 3 décembre 1840 à Limoges et mort le 23 décembre 1913 à Paris, est un romancier, dramaturge français, également critique dramatique, historien et chroniqueur de la vie parisienne.

(Peintres et sculpteurs contemporains, Jules Claretie , Charpentier, 1874 )

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