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La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf

La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf

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Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : “Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. “La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

Tiré de Phèdre. L. I, f. 23. – Voy. aussi Horace, Sat, II, ni, 313.
Grenouille. Ce mot vient de ranuncula, diminutiu, de rana, qui en latin signifie grenouille.
Se travaille, se tourmente, se donne un mal extrême. — Molière :
On voit qu’il te travaille à dire de bons mots.
(Misanthrope, II, 1.)
Encore. Ces interrogations brusques et saccadées peignent l’effort haletant de la grenouille.
Nenni. Expression du langage familier. Ce mot vient de nen (ou non adouci) et de ille; sa forme première est nenit.
M’y voila. La vivacité de ce dialogue est imitée du passage d’Horace indiqué plus haut, Sat., II, III, 313.
Chétive  signifie de peu de valeur, misérable. « Notre durée vaine et chétive, » a dit Pascal. Corneille dit de Pompée :
Dans quelque urne chétive en ramasser les cendres.
— « Chétif » vient de captivum par une transformation régulière et selon les lois de la phonétique (voy. Clédat, Grammaire de l’ancien français, p. 295, 316, 323). Il s’est écrit d’abord chaitif au cas régime, et chaitis au cas sujet, et signifiait captif. Le sens moderne est le dérivé naturel du sens ancien.
6. Pécore. Terme de mépris tiré du latin. On sait que beaucoup de noms neutres, au pluriel, sont devenus des substantifs féminins singuliers dans le latin populaire. (Voy. Origines de la langue française, p. 109.) Le pluriel neutre de pecus (pecora) est devenu le féminin singulier pecora: d’où pécore, en français; c’est-à-dire « bête, animal ».
Bourgeois . Le bourgeois, sous l’ancien régime, était celui qui habitait la ville et jouissait des prérogatives municipales attachées à cette résidence. Il tenait le milieu entre les nobles d’une part, et les paysans et les habitants des faubourgs de l’autre. Ce mot vient de burgensem, habitant d’un borc (en latin burgus ou burgum). Au moyen âge, ce mot s’écrivait : borjois, borgois.
Marquis, titre de noblesse qui tient le milieu entre duc et comte. Originairement, un marquis était commandant ou gouverneur des provinces frontières, appelées marches (marcat en allemand, limites). — Marquis s’est formé de marca en y ajoutant le suffixe latin ensem.
Pages. Un page était un jeune noble, ou enfant d’honneur, qu’on mettait auprès des rois ou des princes pour les servir et pour y recevoir l’éducation de la noblesse. — L’origine de ce nom est incertaine.

(Moland Louis Émile Dieudonné)

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