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La conversion de La Fontaine

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La conversion de La Fontaine


Extrait d’une lettre de Boileau Despréaux à Maucroix *

29 avril 1695

Boileau-Despréaux
Boileau-Despréaux

Les choses hors de vraisemblance qu’on m’a dites de M. de La Fontaine, sont à peu près celles que vous avez devinées ; je veux dire que ce sont ces haires, ces cilices et ces disciplines dont on m’a assuré qu’il affligeait fréquemment son corps, et qui m’ont paru d’autant plus incroyables de notre défunt ami, que jamais rien, à mon avis, ne fut plus éloigné de son caractère, que ces mortifications. Mais, quoi, la grâce de Dieu ne se borne pas à des changements ordinaires, et c’est quelquefois de véritables métamorphoses quelle fait. Elle ne parait pas s’être répandue de la même sorte sur le pauvre M. Cassandre, qui est mort tel qu’il a vécu, c’est à savoir très-misanthrope, et non seulement haïssant les hommes, mais ayant même assez de peine à se réconcilier avec Dieu, à qui, disait-il en mourant, il n’avait nulle obligation. Qui eût cru que de ces deux hommes, c’était M. de La Fontaine qui était le vase d’élection ? Voilà, Monsieur, de quoi bien augmenter les réflexions sages et chrétiennes, que vous me faites dans votre lettre, et qui me paraissent partir d’un cœur sincèrement persuadé de ce qu’il dit**.

 

 

** Cette lettre, qui se trouve dans toutes les éditions des Œuvres de Boileau, avait paru d’abord dans les Œuvres posthumes de AL de Maucroix (Paris, Jacques Estienne, 1710, in-12). Brossette, dans ses notes sur les Œuvres de Boileau. dit qu’il en a l’original entre les mains. M. Louis Paris a fait une étrange erreur, dans son édition des Œuvres diverses de Maucroix (Paris, J. Techener, 1S54, 2 vol. pet. in-8°, tome second, p. 216); il a, par inadvertance, réimprimé cette lettre comme étant de Despréaux.
** Louis Racine, dans ses Réflexions sur la poésie (chapitre V, art. 2), raconte que son père et Boileau allèrent rendre visite a La Fontaine, lors des premières atteintes de la maladie, et lui amenèrent un bon religieux pour le confesser. Celui-ci exhortait son pénitent à manifester son repentir par des prières et des aumônes. « Pour des aumônes, dit La Fontaine, je n’en puis faire, je n’ai rien ; mais on fait une nouvelle édition de mes Contes, et le libraire m’en doit donner cent exemplaires. Je vous les donne, vous les ferez vendre pour les pauvres. » Le confesseur, presque aussi simple que le Bonhomme, alla consulter un prédicateur, nommé D. Jérôme, pour savoir s’il pouvait accepter cette aumône.

Paul Lacroix

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