Toutes les fables de Jean de La Fontaine, poèmes, fables, poésies et lettres, pièces de théatre...

Ballade V, à M.Fouquet

0 45

Ballade V, à M.Fouquet


pour le pont de Château-Thierry.

1659

Dans cet écrit, notre pauvre cité
Par moi, Seigneur, humblement vous supplie,
Disant qu’après le pénultième été
L’hiver survint avec grande furie,
Monceaux de neige et gros randons de pluie,
Dont maint ruisseau croissant subitement
Traita nos ponts bien peu courtoisement.
Si vous voulez qu’on les puisse refaire,
De bons moyens j’en sais certainement
L’argent sur tout est chose nécessaire.

Or d’en avoir c’est la difficulté ;
La ville en est dès longtemps dégarnie
Qu’y ferait-on ? vice n’est pauvreté.
Mais cependant, si l’on n’y remédie,
Chaussée et pont s’en vont à la voirie.
Depuis dix ans, nous ne savons comment,
La Marne fait des siennes tellement
Que c’est pitié de la voir en colère.
Pour s’opposer à son débordement,
L’argent sur tout est chose nécessaire.

Si demandez combien en vérité
L’œuvre en requiert, tant que soit accomplie,
Dix mille écus en argent bien compté,
C’est justement ce de quoi l’on vous prie.
Mais que le Prince en donne une partie,
Le tout, s’il veut, j’ai bon consentement
De l’agréer, sans craindre aucunement.
S’il ne le veut, afin d’y satisfaire,
Aux échevins on dira franchement
« L’argent sur tout est chose nécessaire. »

Envoi

Pour ce vous plaise ordonner promptement
Nous être fait du fonds suffisamment ;
Car vous savez, Seigneur, qu’en toute affaire,
Procès, négoce, hymen, ou bâtiment,
L’argent sur tout est chose nécessaire.

 

– La rivière de Marne était très dangereuse sous le pont de Château-Thierry ; mais il n’en est plus ainsi depuis qu’on a construit une digue, et qu’en 1759 on a creuse un canal qui sert de décharge aux eaux de cette rivière, lorsqu’elles sont trop abondantes.

Walckenaer

Laisser un commentaire

Laissez un message, merci. Votre adresse email ne sera pas publiée.