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A madame la princesse de Bavière

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Épître à madame la princesse de Bavière


Juillet 1669

Votre Altesse Sérénissime
A, dit-on, pour moi quelque estime,
Et veut que je lui mande en vers
Les affaires de l’Univers :
J’entends les affaires de France ;
J’obéis et romps mon silence.
L’intérêt et l’ambition
Travaillent à l’élection
Du monarque de la Pologne.
On croit ici que la besogne
Est avancée ; et les esprits
Font tantôt accorder le prix
Au Lorrain, puis au Moscovite,
Condé, Nieubourg ; car le mérite
De tous côtés fait embarras :
Condé, je crois, n’en manque pas.
Si votre époux voulait, Madame,
Régner ailleurs que sur votre âme,
On ne peut faire un meilleur choix.
Heureux qui vivrait sous ses lois !
Ceux qui des affaires publiques
Parlent toujours en politiques,
Réglant ceci, jugeant cela
(Et je suis de ce nombre-là),
Les raisonneurs, dis-je, prétendent
Qu’au Lorrain plusieurs princes tendent.
Quant à Moscou, nous l’excluons;
Voici sur quoi nous nous fondons
Le schisme y règne ; et puis son prince
Mettrait la Pologne en province.
Nieubourg nous accommoderait.
Au roi de France il donnerait
Quelque fleuron pour sa couronne,
Moyennant tant, comme l’on donne,
Et point autrement ici-bas.
Nous serions voisins des États* ;
Ils en ont l’alarme, et font brigue
Contre Louis chacun se ligue.
Cela lui fait beaucoup d’honneur,
Et ne lui donne point de peur.
Que craindrait-il, lui dont les armes
Vont aux Turcs causer des alarmes ?
Nous attendons du Grand Seigneur
Un bel et bon ambassadeur :
Il vient avec grande cohorte ;
Le nôtre est flatté par la Porte** .
Tout ceci la paix nous promet
Entre saint Marc et Mahomet.
Notre prince en sera l’arbitre
Il le peut être à juste titre,
Et ferait même contre soi
Justice au Turc en bonne foi.

Pendant que je suis sur la guerre
Que saint Marc souffre dans sa terre,
Deux de vos frères sur les flots
Vont secourir les Candiots.
0 combien de sultanes prises !
Que de croissants dans nos églises !
Quel nombre de turbans fendu !
Tête et turban, bien entendu.
Puisqu’en parlant de ces matières
Me voici tombé sur vos frères,
Vous saurez que le chambellan
A couru cent cerfs en un an.
Courir des hommes, je le gage,
Lui plairait beaucoup davantage ;
Mais de longtemps il n’en courra
Son ardeur se contentera,
S’il lui plaît, d’une ombre de guerre.

D’Auvergne s’est dans notre terre
Rompu le bras : il est guéri.
Ce prince a dans Château-Thierry
Passé deux mois et davantage.
Rien de meilleur, rien de plus sage,
Et de plus selon mes souhaits,
Parmi les grands ne fut jamais.

Le duc d’Albret donne à l’étude
Sa principale inquiétude.
Toujours il augmente en savoir ;
Je suis assez jeune pour le voir
Au-dessus des premières têtes.
Son bel esprit, ses mœurs honnêtes,
L’élèveront à tel degré
Qu’enfin je m’en contenterai.
Veuille le Ciel à tous ses frères
Rendre toutes choses prospères,
Et leur donner autant de nom,
Autant d’éclat et de renom,
Autant de lauriers et de gloire
Que par les mains de la Victoire
L’oncle en reçoit depuis longtemps !
Si leurs désirs n’en sont contents,
Et que plus haut leur âme aspire,
Je serai le premier à dire
Qu’ils auront tort, et que les cœurs
Ne sont jamais soûls de grandeurs.
Trouveront-ils en des familles,
Par les garçons et par les filles,
Par le père et par les aïeux,
Un tel nombre de demi-dieux,
Et de déesses tout entières ?
Car demi-déesses n’est guères
En usage, à mon sentiment ;
Puis, quand je n’aurais seulement
Qu’à parler de votre mérite,
L’expression serait petite.
Veuille le Ciel, à votre tour,
Vous donner un petit Amour
Qui, par la suite des années,
D’un grand Mars ait les destinées !
Au moment que j’écris ces vers,
Et m’informe des bruits divers,
Je viens d’apprendre une nouvelle
C’est que, pour éviter querelle,
On s’est en Pologne choisi
Un roi dont le nom est en ski
Ces Messieurs du Nord font la nique
A toute notre politique.
Notre argent, celui des États,
Et celui d’autres potentats
Bien moins en fonds, comme on peut croire,
Force santés aura fait boire,
Et puis c’est tout. Je crois qu’en paix
Dans la Pologne désormais
On pourra s’élire des princes,
Et que l’argent de nos provinces
Ne sera pas une autre fois
Si friand de faire des rois.

* C’est-a-dire de la Hollande, Louis XIV, pour prix de l’appui qu’il accordoit au duc de Neubourg, espéroit obtenir la cession du duché de Julien, ce qui auroit rendu la France limitrophe des états de Hollande.

** Les secours que Louis XIV venait de donner à la république de Venise n’empêchèrent pas que le grand-seigneur ne fit rendre de grands honneurs à M. de Nointel, ambassadeur de France à la Porte-Ottomane, et qu’il n’envoyât Soliman en ambassade en France.

– Mauricette-Fébronie de La Tour, sœur du duc de Bouillon, qui, le 28 avril 1668, épousa à Château-Thierry Maximilien-Philippe-Jérôme, comte palatin du Rhin, duc de Bavière. Elle était fille de Frédéric-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, mort en 1652,et d’Elisabeth-Fébronie, morte en 1637. Mauricette-Fébronie mourut à Turckheim le 20 Juin 1706, à l’âge de cinquante-quatre ans.
– Casimir, roi de Pologne, avait abdiqué la couronne le 16 septembre 1668, et s’était retiré à Paris à l’abbaye de Saint-Germain-des-Près.
– Le duc Charles de Lorraine, né le 5 avril 1614, mort le 18 septembre 1675.
– Alexis Mikhaïlovitch, czar de Russie, né l’an 1650, et mort le 8 février 1676.
– A Condé, à Nieubonrg, il y a ellipse. Louis II, ou le grand Condé, naquit le 8 septembre 1621, et mourut le 11 décembre 1686.
– Philippe-Guillaume, duc de Neubourg, né le 23 novembre 1613.
– Godefroy-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, grand-chambeIlan, l’aîné des frères de la princesse, le mari de Marie Anne Mancini, duchesse de Bouillon, protectrice de notre poète.
– Frédéric-Maurice de la Tour, comte d’Auvergne, colonel-général de cavalerie légère. le second des frères de la princesse.
– Emmanuel-Théodose, troisième frère de la princesse, par rang d’âge, duc d’Albret, depuis cardinal et grand-aumônier de France, mort à Rome le 7 mars 1715.

Charles Athanase Walckenaer

Image : Par Anonyme — https://www.altesses.eu/imgmax/927af25248.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=29830182

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